Avortement, les croisés contre-attaquent

Par Zora Charpentier

Documentaire d’Alexandra Jousset et Andrea-Rawlins-Gaston (France, 2017, 1h30min)

Ce documentaire met en évidence la croisade anti-avortement menée partout en Europe au nom des valeurs chrétiennes.

Pour chaque pays, les antiavortements ont leurs tactiques. De façon découverte, en plein Parlement au Portugal ou de façon plus camouflée comme en France.

Une nouvelle génération de militants anti-avortement sont repartis en guerre et tout se passe comme si la société n’en avait pas encore pris conscience.

            Dans les années 60, l’IVG était illégal presque partout en Europe. Les plus favorisées partaient en Angleterre ou aux Pays-Bas. Les plus malchanceuses avaient affaire à la justice. Il faudra de longues mobilisations pour que la France (1975), l’Allemagne de l’Ouest (1976) puis l’Italie (1978) autorisent l’avortement. La France et l’Allemagne l’autorisent jusqu’à 12 semaines, mais il faut un entretien préalable en Allemagne. Cette histoire a son musée en Autriche, musée conçu par Christian Fiala, gynécologue, afin d’éveiller les consciences.

            Italie :

            Le documentaire retrace l’histoire de Valentina, jeune femme enceinte de jumeaux, morte à cause d’une grossesse compliquée. La vie de la mère est passée après celle des fœtus contre l’avis de la famille. Les 12 médecins de la maternité ont été mis en examen pour homicide involontaire. Mourir faute de pouvoir avorter, cela rappelle des heures sombres du combat féministe.

            En Italie, sous l’influence de l’Église, 70 % de gynécologues « objecteurs de conscience » refusent désormais de pratiquer l’IVG – légale depuis quarante ans –, privant les femmes de la liberté à disposer de leur corps.

Il s’agit à plusieurs reprises de terrorisme psychologique, comme lors de cette séquence où des catholiques en Italie enterrent des fœtus collectés dans les hôpitaux. La volonté est clairement affichée : pointer du doigt et faire culpabiliser les femmes.

            Portugal :

            Ce n’est qu’en 2007 qu’un référendum légalise l’avortement. Les antiavortements mènent une guerre éclair à ce droit à partir de 2015. Cette loi de 2015 complique l’accès à l’avortement à cause de la suppression de la gratuité de l’acte, de la mise en place d’une consultation obligatoire avec un psychologue et de la possibilité pour les médecins de ne plus officialiser leurs convictions.

            Union Européenne :

            Depuis 2013, les citoyens de l’UE peuvent proposer de nouvelles lois sous réserve d’obtenir plus d’1 million de signatures. Les antiavortements lancent la pétition « One Of Us » pour demander que l’UE cesse de financer les IVG à l’étranger. L’audience a lieu au Parlement Européen. Ce succès ouvre le droit à des débats. Cependant, la Commission bloque pour des raisons ouvertement politiques. Cet échec à un goût de victoire. One of us devient un lobby et s’accrédite au PE. La volonté du lobby est de peser sur les débats au sein de l’UE. Le lobby anti-IVG se développe et s’active en coulisse.

            À NOTER :

            Les antiavortements s’autoproclament « pro-life » mais sont plus trivialement, et férocement anti-choix, anti-démocratiques et nuisibles. 

Il pratique la « colonisation des droits humains », ils prennent le vocabulaire des droits humains et leur applique une autre définition. Ils font cela dans plusieurs domaines : statut juridique pour l’embryon, le droit des pères à mettre leur véto à une IVG…

            France :

            En France, une petite légion d’activistes opposés à l’avortement, avec à sa tête un jeune publicitaire, porte le combat sur les réseaux sociaux auprès des jeunes générations (15-35 ans).  Entre séduction et désinformation, ils reprennent les terminologies féministes pour mieux les détourner.

            Pologne et Hongrie :

            Dans les pays de l’Est, de la Pologne à la Hongrie, le droit à l’IVG a reculé sous l’égide de gouvernements ultraconservateurs. Par exemple, en 2012, la pilule abortive est interdite en Hongrie (méthode majoritaire en Europe qui ne nécessite pas d’intervention chirurgicale). 

            Le film met également en évidence les circuits de financement de ces mouvements antiavortement, très discrètement parrainés par de riches fondations américaines, liées à l’ultradroite et aux milieux évangélistes, comme par quelques oligarques russes, fondamentalistes orthodoxes.

URL: https://www.youtube.com/watch?v=LBj3o3-uk7E

Cet article n’engage que son autrice.

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