Par Emma Lepont
Sa vie
Virginie Despentes, de son vrai nom Virginie Daget, est née en 1969 à Nancy. Elle a vécu une adolescence et une vie de jeune adulte complexe avec une éducation de gauche, élevée au rythme des manifestations et des réunions syndicales. A 15 ans elle est internée dans un hôpital psychiatrique pendant quelques temps. Avant d’être déscolarisée, elle découvre l’écriture auprès d’un professeur de français orignal qui lui enseigne que la littérature est une chose cruciale : « il m’a ouvert la voie de la littérature et, en un sens, a changé ma vie » déclare t-elle lorsqu’elle parle de lui. Elle vit ensuite une vie d’errances, au sein du milieu punk, ponctuée par de nombreuses arrestations par la police.
À dix-sept ans, en faisant du stop, au retour d’un voyage à Londres, elle est victime d’un viol, qui fera en 2006 la matière d’un chapitre de son ouvrage King Kong Théorie. Face à ce traumatisme, elle s’installe dans le déni et répond systématiquement aux psychothérapeutes avec lesquels le lien n’est pas rompu « ça ne m’a pas marquée plus que ça ». Également, cet épisode douloureux constituera le ressort du personnage de Manu dans son premier roman, Baise-moi. Ce n’est que vingt ans plus tard qu’elle reconnaîtra à propos de ce viol qu’« […] il est fondateur, de ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus tout à fait une. C’est à la fois ce qui me défigure et me constitue. »
De 1998 à 1993, elle vit dans le milieu post-punk et multiplie les petits boulots pour conserver son indépendance, elle fait également le choix de se prostituer à certains moments. Elle est hébergé dans un foyer de La Croix-Rousse, mais seule, elle sombre dans l’alcoolisme tout en s’enivrant de la lecture de Bukowski.
En 1992, elle écrit Baise-moi, d’abord refusé pendant deux ans par des maisons d’édition qui trouve son style trop trash. Il est finalement publié en 1994 par Florent Massot et cela la propulse sur la scène littéraire.
Sa carrière
Elle a écrit de nombreux romans dont elle en a adapté certains au cinéma comme Bye Bye Blondie ou Baise-moi. Elle est membre de l’Académie Goncourt de 2016 à 2020 et elle est considérée comme une écrivaine essentielle de son époque, ses livres reflétant de façon dérangeante, par ses sujets et son style direct, le monde actuel.
Voici une brève rétrospective au cœur de son œuvre :
En 2000, elle adapte au cinéma Baise-moi, récit de la vie et de la cavale d’une prostituée et d’une actrice de film pornographique mais le film est interdit aux moins de 18 ans et il est très peu diffusé. Après Baise-moi, elle écrit Les Chiennes savantes qui dresse un portrait de la condition féminine contemporaine, Les jolies choses qui reçoit le prix de Flore et de Saint-Valentin, Mordre au travers qui est un recueil de nouvelles tranchantes. En 2006, elle publie un essai nommé King Kong Théorie qui mêle son expérience (son viol notamment) et sa réflexion sur la féminité, la sexualité féminine, c’est le « manifeste pour un nouveau féminisme ». En 2009, elle réalise le documentaire Mutantes dans lequel elle interroge des militant.e.s, intellectuel.le.s et écrivain.e.s sur la pornographie, la prostitution. Depuis elle continue d’écrire (Bye Bye Blondie, Vernon Subutex) et de réaliser des longs-métrages et documentaires.
Ses combats et la défense d’un nouveau féminisme
« Je me sens féministe quand j’écris des livres »
Elle est une figure de la communauté lesbienne et promeut un nouveau féminisme pour la liberté sexuelle. Elle défend des revendications féministes et politiques à travers ses romans, essais et documentaires. Selon elle, la société patriarcale organise la domination de l’homme sur la femme jusque dans l’appropriation de son corps, je revendique donc une lutte féminisme pour l’égalité et cela correspond à la liberté totale de disposer de son corps, de se construire sa propre identité hors des normes de genres. King Kong Théorie est une déconstruction de la catégorisation binaire entre hommes et femmes qui enferme les deux genres dans des cases regroupant qualités et défauts propres.
Elle s’inscrit dans le mouvement Queer. Elle écrit sur les individus écrasés par la société comme les femmes mais aussi les classes populaires. Par exemple, dans Vernon Subutex, elle fait le récit de la vie de Vernon, disquaire rockeur, déclassé suite à la dématérialisation de la musique, progressivement marginalisé.
À l’occasion de la cérémonie des César de 2020 qui accorde à Polanski le césar du meilleur réalisateur, elle réalise une tribune dans le journal Libération. Elle s’intitule « Désormais on se lève et on se casse » et montre qu’à partir de maintenant la politique qui « exige le silence des victimes » est finie. Elle a également écrit pour d’autres combats, notamment la « lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème … » qui est une dénonciation du déni du racisme et explique en quoi « être blanc » est un privilège.
Cet article n’engage que son autrice
