Marina Abramović : pionnière de l’art de la performance

Par Agathe Vignol.

À la question : « Êtes-vous féministe ? », Marina Abramović répond sans sourciller « Non. ». Pourtant, depuis ses débuts dans le monde artistique, les institutions ne cessent de parler de Marina Abramović comme d’une « artiste féministe », d’une « performeuse proposant un art féministe ». Pourquoi ?

Une pionnière de l’art de la performance

Artiste contemporaine née en Serbie en 1946, Marina Abramović reçoit une éducation stricte avant d’enter aux beaux-art de Belgrade en 1965. Dès le début des années 1970, elle entame ses premières performances, inscrite dans le courant de l’art corporel. Son objectif : faire sa performance devant et avec les spectateurs. Elle joue avec son corps, sa féminité et se penche rapidement sur des questions liées à l’identité, au genre, et plus largement aux cadres imposés par nos sociétés.

En 1975, elle réalise une performance sur l’injonction du beau dans l’art via l’injonction à la beauté chez les femmes. Pour ça, elle se brosse les cheveux de façon violente pendant 45min, va jusqu’à se les arracher et se griffer les visage tout en répétant « Art must be beautiful ». L’idée : reprendre un stéréotype féminin de beauté lié aux cheveux et à la coiffure et le détourner pour en faire quelque chose de violent, de laid et compliqué à regarder. Plus tard, elle s’interroge sur d’autres sujets liés à la représentation de la femme. Elle n’hésite pas par exemple, lors d’une performance de 6h, à se présenter nue, avec devant elle 72 objets allant de la rose au pistolet chargé, en proposant aux spectateurs de jouer avec ces objets sur son corps. Marina Abramović choisit finalement de se placer comme un corps objet, et cherche à voir jusqu’où les spectateurs peuvent aller, quelle violence ils sont capables d’infliger à ce corps déshumanisé. Cette performance manque d’ailleurs de très mal finir avant qu’un spectateur n’intervienne ! Loin de chercher à faire du sensationnel, elle veut avant tout que les spectateurs se sentent ancrés dans le moment présent, le vivent avec elle, et passent finalement de spectateurs à acteurs de la performance. 

Une artiste à la renommée internationale

Grâce à ses performances, Marina Abramović est rapidement connue à l’international et reconnue par les institutions. Depuis plusieurs années, ses oeuvres sont présentent dans les musées aux quatre coins du monde ! Artiste la plus présente de l’exposition « Elles » du musée Pompidou en 2009, on la retrouve un an plus tard au MoMA où se performance « The Artist is Present » réunie près de 850 000 visiteurs. Ces dix derniers années, des rétrospectives de l’artiste s’enchaînent de Stockholm à Londres, en passant par sa ville natale, Belgrade. Dans ces musées, les oeuvres de Marina Abramović sont souvent présentés comme de l’art féministe, notion qu’elle dément. Elle affirme : « Je ne me suis jamais sentie concernée par le féminisme. Je ne savais rien de ce mouvement quand je demeurais en Yougoslavie parce qu’il y avait une égalité complète entre les hommes et les femmes dans l’armée des partisans. (…) J’ai vraiment été choquée quand j’ai découvert le féminisme aussi fort en Amérique, en Allemagne et dans le reste de l’Europe. C’était une idée complètement nouvelle pour moi. Et je n’y adhère toujours pas. »

Pourtant, Marina Abramović est incontestablement aujourd’hui une des artistes performeuses les plus connues, une pionnière dont le nom revient toujours lorsqu’on parle d’art corporel, des bancs de l’université jusqu’aux plus grandes institutions. Elle fait figure de référence d’un mouvement artistique, chose qui reste encore très rare pour une femme à ce jour. Ainsi, sans la proclamer féministe, on peut sans risque affirmer que c’est une femme puissante, qui a su se faire une place et un nom dans un monde artistique encore largement dominé par une culture patriarcale sous-jacente. 

Cet article n’engage que son autrice.

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