Par Marie Lebrun
« Pour moi, la femme doit avoir le droit de choisir ce qu’elle fait de son corps. » – Personnel de santé interrogé.
Réalisé dans le cadre du projet financé par le Fonds PISCCA de l’Ambassade de France à Madagascar et produit par l’équipe de Nifin’Akanga en décembre 2020, ce documentaire met en exergue les réalités sociales des pratiques clandestines de l’avortement dans le pays qui demeurent largement ignorées. Le reportage couvre trois régions malgaches : Antsinanana, Sava et Boeny.
Né en février 2018, Nifin’Akanga est d’ailleurs le seul mouvement national pro-choix pour la dépénalisation de l’avortement qui prône un changement systémique nécessaire.
Sur l’île, les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’interruption volontaire de grosse constitue la deuxième cause de mortalité maternelle après les hémorragies post-accouchement. Cette problématique est notamment due au fait que cette pratique y est interdite, en vertu de l’article 317 du Code pénal malgache. L’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste donc tabou, ce qui l’érige en véritable problème de santé publique. Malgré ce caractère prohibé, le nombre d’avortements clandestins ne décline pas. Le Ministère de la Santé estime d’ailleurs que chaque année, 75 000 avortements sont pratiqués à Madagascar dans l’illégalité.
Rappelons toutefois que l’article 4 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples dispose que « La personne humaine est inviolable. Tout être humain a droit au respect de sa vie et à l’intégrité physique et morale de sa personne : nul ne peut être privé arbitrairement de ce droit. »
Les femmes malgaches choisissent parfois même d’avorter seule, notamment les mineures, qui ont honte d’en parler et n’osent pas demander de l’aide. D’autres prennent contact avec un·e médecin qu’elles décident de consulter, par crainte des complications et autres séquelles éventuelles en raison des conditions non sécurisées.
Parmi les motifs qui conduisent les femmes à recourir à l’IVG, nous pouvons citer la crainte de ne pas pouvoir poursuivre ses études, en particulier lorsque l’on est jeune. Beaucoup de partenaires sont par ailleurs opposés à ce que leur compagne utilise une méthode contraceptive telle que celle de la planification familiale.
Or comme le rappelle l’une des personnes interrogées témoignant anonymement, « une grossesse non désirée est un frein, un obstacle pour le développement d’une femme. »
Ainsi, afin de réduire les avortements clandestins et garantir à ces femmes le droit à la santé sexuelle et génésique, les défenseurs de la légalisation de l’avortement prônent cette mesure sous conditions telles que la faisabilité de l’intervention médicale. Les pro-choix estiment que si l’avortement est rendu légal, les médecins pourront désormais aider les femmes et des solutions pourront être envisagées pour celles qui n’ont pas les moyens de recourir à une IVG. L’importance est de laisser aux femmes malgaches le choix de donner naissance à un enfant ou non, et de pouvoir avorter librement sans que cela ne se fasse au péril de leur santé ou qu’elles s’exposent à des risques de poursuites judiciaires.
Si nous devions résumer en quelques mots ce court métrage : « L’interruption volontaire de la grossesse est un choix et devrait être un droit pour la femme malgache ».
Pour entendre les nombreux messages portés par les femmes et les praticiennes interrogées ainsi que les recommandations adressées à l’Etat malgache, cliquez sur le lien ci-dessous :
Bonne écoute à tou·te·s .
Cet article n’engage que son autrice.
