Par Emma Lepont
En 2020, Un chambre à soi de Virginia Woolf a été publié à nouveau, avec une nouvelle préface datant de mai 2020, rédigée par Lauren Bastide. À La fin de la préface, elle écrit, « cette fois, nous ne sommes plus seules. Cette fois, nous avons ton livre dans notre poche. Cette fois nous t’avons toi. Et cette fois, nous allons peut-être l’avoir, notre révolution ». Cela montre que l’œuvre de Virginia Woolf continue d’inspirer de nombreuses femmes écrivaines et qu’il met toujours en exergue une réelle problématique que connaissent les femmes, de ne pouvoir accéder au succès dans le milieu littéraire mais cela est valable aussi dans d’autres domaines.
Qui est Virginia Woolf ?
Virginia Woolf est né le 25 janvier 1882 à Kensington et meurt le 28 mars 1941 à Rodmell. Elle est élevée dans une famille cultivée de la société victorienne. Elle passe toute son enfance à lire dans la bibliothèque familiale. Elle crée avec d’autres jeunes intellectuels le groupe de Bloomsbury. Elle publie durant sa vie de nombreuses nouvelles et pensées mais également des romans, Mrs Dalloway fut son chef d’œuvre. Elle dépeint dans ses ouvrages le mal de vivre et les souffrances intimes sans pour autant déployer de grandes intrigues romanesques.
« Je ne veux pas être célèbre ni grande. Je veux aller de l’avant, changer, ouvrir mon esprit et mes yeux, refuser d’être étiquetée et stéréotypée. Ce qui compte c’est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves »
C’est dans cette optique que Virginia Woolf décide d’écrire en 1929 Une chambre à soi, une œuvre majeure de la pensée féministe. Le titre renvoie à la principale thèse de Woolf sur ce sujet : pour écrire, une femme doit disposer d’une pièce à part — ce qui était rare dans l’Angleterre de l’époque — et d’une rente, synonyme d’indépendance matérielle.
Structure d’Une Chambre à soi
Une Chambre à soi se fonde sur plusieurs conférences données en octobre 1928 dans deux universités pour femmes à Cambridge : Newnhman College et Giron College. Elle traite principalement de la place des écrivains dans l’histoire de la littérature (surtout britannique). Elle analyse les facteurs qui ont bloqué l’accès des femmes à l’éducation, à la production et inévitablement au succès.
La thèse phare de cet écrit est la suivante : une femme doit au moins disposer de « quelque argent et d’une chambre à soi » si elle veut produire une œuvre romanesque. Autrement dit, selon elle pour permettre à une femme d’écrire elle doit avoir une chambre à soi qu’elle peut fermer à clé afin de pouvoir écrire sans être dérangée par les membres de sa famille. De plus, elle doit disposer d’une certaine indépendance à savoir, 500£ de rentes lui permettant de vivre sans soucis.
Virginia Woolf rappelle dans ce pamphlet comment, jusqu’à une époque toute récente, les femmes ont été savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, par voie de conséquence, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi. «
Résumé d’Une chambre à soi
Dans un style très ironique, elle évoque les difficultés des femmes à accéder au succès grâce à leur écriture. Entre autres, elle mentionne le fait que les femmes voyageaient rarement seules pour s’ouvrir l’esprit, elles ne s’installer pas en terrasse dans des restaurants pour prendre le temps de réfléchir, elles ne s’asseyaient pas dans l’herbe à la recherche d’une idée ou encore à accéder à la bibliothèque des universités anglaises traditionnelles.
On peut également ajouter que les femmes étaient aussi contraintes par le mariage, la charge des enfants et du ménage, imposées par des normes sociales formées par la société patriarcale, qui étaient des taches qui revenaient à la femme de fait. Il s’agit d’une véritable contrainte parce que ce rôle des femmes étaient intériorisé dans la société. La femme qui voulait écrire devait donc mener un double combat, se battre contre l’identité sociale qu’on lui donne, et se battre contre les stéréotypes de la société.
« La caractéristique de la femme, disait avec emphase M. Greg, c’est d’être entretenue par l’homme et d’être à son service. Il existait une masse immense de déclarations masculines tendant à démontrer qu’on ne pouvait rien attendre, intellectuellement, d’une femme. »
L’essai se compose de 6 chapitres dont chacun révèle un obstacle au succès des femmes par l’écriture ou révèle les inégalités au sein de la société. Par exemple, le chapitre pose l’absence d’instruction des femmes comme principal obstacle à l’écriture de la fiction. Le second chapitre fait le constat d’une société totalement patriarcale. Dans le troisième chapitre, elle essaye de comprendre pourquoi les femmes à l’époque de Shakespeare n’écrivaient pas ? Elle explique cette lacune par les conditions de vie et le fait que les femmes n’ayant que très peu de droits, elles n’appartenaient même pas à une classe sociale. Dans le chapitre suivant, elle montre aussi que ce qui a été sans doute le plus difficile pour les écrivaines anglaises, c’est le manque de modèles féminins. D’après la narratrice, l’enseignement tiré des écrits masculins était par définition insuffisant compte tenu du gouffre entre les esprits des deux sexes. C’est pourquoi les écrivaines ont choisi le roman, forme d’expression littéraire plus souple et donc plus à même d’intégrer la créativité de leur style par rapport à celui des hommes qui les précédaient. Ensuite dans le cinquième chapitre, elle fait un constat positif en citant le roman Life’s Adventure, or some such title, de Mary Carmichael, pour montrer que le succès des femmes à ce moment était inimaginable une décennie plus tôt. Enfin dans le dernier chapitre, elle repense à l’indifférence générale de la masse pour la littérature, la narratrice observe un homme et une femme monter dans un taxi dans une parfaite unité. Et si ces prétendues différences d’esprit entre hommes et femmes étaient fausses ? Et qu’est-ce que « l’unité de l’esprit » signifie puisque celui-ci change sans arrêt d’objet. L’unité des deux jeunes gens dans le taxi provient certainement des parties féminines et masculines que contient l’esprit. Tout ne serait qu’une question d’harmonie entre ces deux pôles.
Une œuvre toujours inscrite dans l’ère du temps
« Les femmes nous sont données dans leurs rapports avec les hommes » écrit Virginia Woolf dans Une chambre à soi. Je choisi de citer cette phrase parce qu’elle est toujours d’actualité et cela montre le coté novateur de l’œuvre de Woolf mais également le fait qu’un siècle plus tard, ces problématiques sont toujours les mêmes. Notamment, l’instruction genrée qui entraine une intériorisation de certains rôles identitaires en fonction du genre est toujours présente dans une société patriarcale où l’homme domine. Un exemple parlant serait la différence d’éducation entre les filles et les garçons dans la sphère familiale. Cela a ensuite un impact dans le cadre scolaire parce que l’école accentue ces différences genres. Cela peut expliquer que dans certains métiers les femmes sont sous-représentées ou n’ont pas accès à de hautes responsabilités, soit parce que dans les représentations sociales ce n’est pas la norme, soit parce que les femmes ayant intériorisé leur rôle social, ne cherchent pas à atteindre ces métiers.
Ainsi, on voit que les problématiques soulevées par Virginia Woolf sur la place des femmes dans le milieu littéraire, s’étendent à d’autres domaines et sont toujours d’actualité. La différence majeure est qu’en 2021, les femmes sont désormais davantage égales aux hommes, en droit, qu’en 1929, mais cela n’empêche pas que dans les faits, le système des représentations sociales est encore à refaire.
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