Ni juge ni soumise

Par Lou Guelle

« En fait, ce qu’il y a de moins cher, c’est que vous mourriez tout de suite ». –
Anne Gruwez, juge belge.


C’est à travers son franc-parler, son humour, et sa forte personnalité mise en exergue pendant les rencontres avec les présumés criminels que Yves Hinant et Jean Ribon nous permettent d’accéder au système judiciaire selon Anne Gruwez.


L’objectif de ces deux réalisateurs, inspirés de l’émission Strip tease, aura été pendant trois ans, de dépeindre la réalité de nos sociétés contemporaines. « Ce n’est pas du cinéma, c’est pire » : aucun artifice n’a été ajouté. En effet la caméra tente de se faire oublier par chaque personne intervenant dans le reportage afin de n’y laisser que le réel. Ce qui en ressort du réel semble alors presque inventé. Anne Gruwez apparaît, toujours souriante, et jamais déstabilisée, face à des histoires d’infanticides, d’incestes, d’agressions. Elle ose faire des blagues, n’hésitant pas à humilier les accusés parfois et permet ainsi une certaine désacralisation des juges et de l’univers juridique.


Le reportage a pu déstabiliser certains spectateurs, qu’ils soient des professionnels de la justice, ou simplement des citoyens. En effet, une scène a fait débat sur les réseaux sociaux, dans laquelle la juge dénigre la manière dont l’agresseur reste influencé par sa culture d’origine dans ses comportements en Belgique. Elle a été accusé de racisme par les internautes, mais aussi de mépris social et culturel par ses congénères. Manuella Cadelli, juge, exprime sa gène pendant le visionnaire de ce reportage. Pour elle, l’accusé est déjà en position de faiblesse face à une personne qui représente l’autorité institutionnelle. Le juge domine concrètement et symboliquement l’accusé puisqu’il a le pouvoir de le priver de ses libertés. Et madame Gruwez renforce ce sentiment de vulnérabilité pour l’accusé.


Si le personnage de cette juge peut être critiqué, il en ressort une très grande force. En effet, cette femme fait souvent face à des hommes, accusés d’agressions envers des femmes, et impose ainsi le respect et l’autorité à des personnes qui n’ont pas de considération pour la femme. Le nom du documentaire « Ni juge Ni soumise » qui fait référence au slogan féministe « ni pute ni soumise », donne une description assez juste d’Anne Gruwez. En effet, celle-ci ne se soumet pas à l’image que l’on a du juge. Elle n’essaie pas d’être froide, sérieuse, elle incarne sa profession selon sa personnalité, et non pas seulement selon les codes institutionnels.


C’est un reportage intéressant à regarder non pas seulement pour la personnalité de cette juge, et la force qu’elle incarne, mais aussi pour comprendre davantage le fonctionnement du système judiciaire, et accéder aux causes et justifications des accusés.


Attention cependant à ne pas considérer les accusés comme étant des fous et des marginaux; bien trop éloignés de ce que nous et notre entourage sommes. Comme le soulignait Manuella Cadelli dans sa critique du reportage, chacun de nous est susceptible de basculer dans une séquence pénale, nous faisant ainsi devenir grotesque et dérisoire.

Cet article n’engage que son autrice

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