Jaha Dukureh

Par Inès Oghittu

« Les femmes sont puissantes et personne ne pourra changer ça »

Jaha Dukureh est née en Gambie en 1989 et est naturalisée américaine en 2015. Après le décès de sa mère, elle déménage aux États-Unis, à New York. Un premier mariage est arrangé pour l’unir, à l’âge de 15 ans, à un homme plus âgé qu’elle, alors même qu’elle ne l’a jamais rencontré avant. Ce premier mariage sera dissout et Jaha Dukureh s’inscrit dans un lycée de New York pour suivre ses études. Elle obtient par la suite une licence de gestion. Elle devient ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes pour l’Afrique en 2018.

En 2016, Jaha Dukureh se classe parmi les 100 personnalités de l’année selon le magazine américain Time. Elle est également considérée comme l’une des 100 personnes africaines les plus influentes par le magazine New African en 2017. La même année, elle obtiendra le prix « Human rights activist, Humanitarian of the Year ».

Dès l’âge de 10 ans, Jaha Dukureh dénonce le mariage d’enfant, après s’être introduite dans une station de télévision locale. Son plus grand accomplissement, elle affirme ne pas encore l’avoir réalisé : le nombre de femmes et de filles victimes de mutilations génitales féminines est encore trop conséquent.

« Ces problèmes me touchent personnellement, ils font partie de ma vie. Il n’y aura pas d’égalité tant que les filles ne pourront pas grandir en étant seules maîtresses de leur corps et de leur avenir. […] Les filles de l’Afrique et du reste du monde ont besoin de savoir que leur avenir est plus grand qu’elles ne l’imaginent ».

Militante, elle-même victime de mutilations génitales féminines, elle fonde en 2013 l’organisation à but non-lucratif « Safe Hands for Girls », qui lutte pour la fin des mutilations génitales féminines. L’organisation soutient les victimes et aide à traiter les séquelles physiques et psychologiques laissées par les mutilations.  Ainsi, Jaha Dukureh a pu contribuer à l’interdiction des mutilations génitales féminines en Gambie, grâce à une campagne menée dans l’ensemble du pays. Depuis cette interdiction, les mutilations génitales sont punies de 3 ans d’emprisonnement et 1300 dollars d’amende.

En 2014, Jaha Dukureh lance une pétition qui a obtenu plus de 220 000 signatures, demandant la fin des mutilations génitales féminines. Elle appelait alors l’ancien président Obama à réaliser une enquête sur la pratique des mutilations génitales féminines aux États-Unis.

Son combat se porte aussi contre l’idée que les mutilations génitales féminines sont une pratique religieuse. Selon Jaha Dukureh, « il faut que les dirigeants religieux fassent preuve de courage et qu’ils affirment clairement que les mutilations génitales féminines n’ont rien à voir avec la religion ». Il n’est pas non plus question de classe sociale ou de niveau d’éducation, mais plutôt de culture.

Alors, un autre mouvement est initié par l’ONG Safe Hands for Girls, le projet Guardian, l’ONU Femmes et l’UNFPA, afin de créer un lien fort entre la presse, les religieux, les activistes et les acteurs locaux afin de mieux lutter contre les mutilations génitales féminines : le Big Sister Movement lancé le 8 mars 2018 à Dakar. Il a pour objectif de mettre fin aux mutilations génitales féminines et aux mariages des enfants d’ici 2030. Si rien n’est fait d’ici cette date, ce sont 86 millions de femmes supplémentaires qui seront victimes de mutilations génitales féminines. Pour Jaha Dukureh, ces mutilations sont l’une des pires formes de violence faites aux femmes.

Jaha Dukureh continue à lutter afin de permettre une prise de conscience globale. Pour ses enfants, issus d’un second mariage, mais aussi pour toutes les victimes, Jaha Dukureh ne cessera jamais son combat. Un documentaire tourné en 2017, Jaha’s Promise, retrace son travail acharné mené depuis de si nombreuses années.

« Nous ne parviendrons pas à l’égalité tant que les filles ne pourront pas grandir en ayant le contrôle de leur corps et de leur avenir » À l’échelle internationale, les mutilations génitales féminines sont reconnues comme une violation des droits humains. Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies du 20 décembre 2012, celle-ci exhorte les États à condamner toutes les pratiques novices pour les femmes et les fillettes, en particulier les mutilations génitales féminines, qu’elles soient ou non pratiquées dans un centre médical, à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver les fillettes et les femmes de ces pratiques, en promulguant et en faisant appliquer une législation interdisant cette forme de violence, et à mettre fin à l’impunité. Pourtant, ce sont toujours 200 millions de filles et de femmes en vie qui ont été victimes de mutilations génitales féminines dans le monde. La majorité des victimes de l’excision ont moins de 15 ans. Rappelons Jaha Dukureh avait 1 semaine lorsqu’elle a été victime de mutilations génitales féminines. Cette pratique est la manifestation même d’une profonde inégalité entre les sexes.

Cet article n’engage que son autrice

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