Roe vs. Wade: La véritable histoire de l’avortement (aux Etats-Unis)

Par Zora Charpentier

Entre 2010 et 2018, 300 restrictions ont été votés aux États-Unis pour réduire le droit à l’IVG. Dans l’État du Missouri, il est de plus en plus difficile de répondre à cette demande de soin car il ne reste plus qu’un seul centre IVG dans l’État : le planning familial de St Louis.

            L’IVG correspond à l’interruption volontaire de grossesse. 1 Américaine sur 4 subira un avortement dans sa vie, il s’agit selon le docteur Colleen McNicholas, d’un acte médical de base. Ce droit a été octroyé aux États-Unis en 1973 grâce à Roe v. Wade. Ce documentaire retrace l’histoire de l’avortement et propose une analyse des différentes tentatives politiques de porter atteinte au droit à l’avortement aux États-Unis.

            Si une femme se retrouvait enceinte dans les années 1950-1960, deux possibilités s’offraient à elle : soit son médecin de famille était disposé à l’aider, soit elle se rendait dans un autre pays qui pratiquait l’avortement (à condition d’avoir assez d’argent). Plusieurs ont tenté d’interrompre leur grossesse par leurs propres moyens. De nombreuses femmes désespérées utilisaient des cintres, des couteaux où se jetaient en bas des escaliers. D’autre part, les Afro-Américaines étaient les plus touchées par ces mesures restrictives.

            En 1962, une présentatrice TV assez connue, Miss Sherri Finkbine, a dû recourir à l’avortement pour des raisons médicales. Certains avortements thérapeutiques avaient lieu pour sauver la vie des femmes. En effet, les médecins pouvaient avoir une interprétation assez souple de cette pratique. Les femmes devaient passer devant des comités de médecins où elles pouvaient être humiliées. Ce comité pouvait demander qu’elles soient stérilisées, par exemple.

            Miss Sherri Finkbine a informé les femmes sur les possibilités qu’elles avaient. À la suite de cela, l’hôpital a refusé de pratiquer son avortement et cette dernière a dû se rendre en Suède pour avorter. Cette affaire a été retentissante et a participé à l’éveil des consciences féministes.

            Les premières féministes ont compris que l’avortement était une question centrale de la lutte féministe car contrôler la fécondité de la femme est une manifestation absolue de la patriarchie. 

            En 1968, la Californie a voté une loi plus souple sur l’avortement (« California therapeutic abortion act »)

            En 1970, l’État de New York a voté une loi qui a rendu l’avortement possible pendant les deux premiers trimestres sur simple demande. Le 1er juillet 1970, la première clinique d’avortement a été ouverte.

En 1973, plusieurs affaires dans le pays ont eu lieu pour tenter de remettre en question les lois locales sur l’IVG. La première portée à la Cour suprême des États-Unis est celle de Roe v. Wade. Cette affaire opposait une femme enceinte (qui a voulu rester anonyme est a été appelée sous un alias : Jane Roe) et Henry Wade, le procureur général de Dallas. Cette affaire a été plaidée devant une Cour conservative composée de 9 hommes blancs, de plus de 50 ans. La question n’était pas partisane mais plutôt médicale et sociale. Parmi les 9 juges, 7 ont voté pour l’autorisation de l’avortement au niveau fédéral.  Cette loi enlève le droit au niveau local de voter des lois contre l’IVG. La femme pouvait interrompre la grossesse pendant les 2 premiers trimestres et l’État pouvait interdire l’IVG au troisième trimestre sauf s’il était nécessaire pour la vie ou la santé de la femme.

            Le planning familial était un organisme consacré à la santé reproductive des femmes et de l’accès à la contraception. Au moment de la légalisation, le planning familial n’était pas vraiment en faveur de l’avortement. Mais un par un, les centres se sont alliés à cette cause.

  • Le mouvement « pro-vie » ou « anti-choix »

            La question morale : « qu’est-ce qui est dans le ventre de la mère ? » est au centre du mouvement « anti-choix ». Le mouvement est scandalisé par le fait de « prendre une vie innocente ».

            Dans les années 1980, les Catholiques étaient très impliqués dans le mouvement « pro-vie » mais ce sont davantage les Chrétiens évangéliques qui sont à l’origine de l’association « operation rescue » (qui provient de la Bible et « délivre ceux qu’on envoie à la mort » selon Troy Newman).

Les attaques contre les cliniques, les agressions et même les assassinats de médecins se sont multipliés. Les partisans du mouvement anti-choix pratiquent la stigmatisation autant auprès des femmes enceintes que des médecins.

La position pro-vie n’a pas été initialement intégrée au programme des Républicains. Il a fallu des années de manœuvres. Dans les années 1980, l’IVG est devenue une question politique, notamment pour les Républicains. Les Chrétiens évangéliques s’organisent en mouvement politique notamment autour du mouvement « pro-vie »

Des lois restrictives ont fait leur apparition dans les États les plus conservateurs :

  • Depuis 2011, au Texas, le médecin se doit de montrer une échographie à la mère qui souhaite avorter. La loi sur l’échographie a été voté pour dissuader la mère d’aller jusqu’au bout de sa démarche d’avortement.
  • En 2018, 7 États n’ont qu’un seul centre IVG. Au Kentucky, le gouverneur Bevin s’est attaqué au centre un par un. Les discours sur le définancement du planning familial a eu pour conséquence que le grand public pense que définancer le planning familial équivaudrait à ne plus financer les avortements alors que la loi interdit déjà d’utiliser l’argent fédérale pour financer les IVG.
  • Restriction du droit à l’avortement

Comme le droit à l’avortement était un droit constitutionnel le plus important était de casser Roe v. Wade et pour cela il fallait changer l’équilibre des pouvoirs à la Cour Suprême.

Bush père s’est opposé à l’IVG, « je pense que l’on devrait œuvrer pour l’abrogation de Roe v. Wade » avait-il déclaré.

L’affaire Casey v. Planned parenthood de 1992 rajoute la notion de fardeau excessif (undue burden) et cela rajoute des obstacles sur le parcours des femmes souhaitant recourir à l’avortement. Avec cette nouvelle règle, les États peuvent essayer de persuader la femme d’aller au bout de la grossesse mais ils ne peuvent pas l’empêcher de demander une IVG.

  • La question de l’avortement par naissance partielle

« L’avortement par naissance partielle » est un terme non-médial qui a été inventé pour remettre en question la légalité des IVG tardive avec l’idée que si l’on réduisait le nombre de semaines autorisées, on pouvait diminuer le nombre d’avortements.

Il s’agit là encore d’une stratégie des anti-IVG : mettre en avant les avortements tardifs alors que ceux-ci sont très rares.

Bush signe en 2003 la loi d’interdiction de l’avortement par naissance partielle. À 5 voix contre 4, la Cour Suprême a soutenu cette interdiction. La juge Ruth Bader Ginsburg exprime son désaccord à haute voix : « je suis fermement opposée à la décision d’aujourd’hui, la loi d’interdiction de l’avortement par naissance partielle ne peut pas être vue comme autre chose qu’une tentative d’éroder un droit proclamé dans Roe v. Wade ».

            En 2012, la législature de l’État du Texas, qui est majoritairement républicaine, a proposé des restrictions à l’IVG qui était les plus extrême du pays. Wendy Davis, sénatrice du Texas a fait de l’obstruction parlementaire afin que la loi ne soit pas votée à temps. Il fallait parler 13 heures d’affilé, elle ne pouvait pas boire, s’appuyer sur la table ou aller aux toilettes (elle s’est fait poser une sonde urinaire et portait une paire de baskets). Malgré son obstruction et les cris du peuple, les restrictions ont été voté lors d’une autre séance : la moitié des centres IVG du Texas a fermé passant de 41 centres à 19 pour un État qui compte près de 29 millions d’habitants.

Depuis 2018, date de réalisation du documentaire, les restrictions se sont accentuées dans les États conservateurs. On peut notamment citer le cas de l’Alabama.

Le documentaire met en exergue que le droit à l’avortement, qui peut souvent être pris pour acquis, reste un droit fragile, se voit toujours menacé et se doit d’être protégé.

Cet article n’engage que son autrice

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