Josephine Baker

Par Camille Vo

En 2013, Régis Debray milite souhaite que Josephine Baker entre au Panthéon, « Joséphine Baker n’a pas l’aspect d’une héroïne, c’est une irrégulière, ce n’est pas un mythe ; C’est un exemple. De quoi ? D’un affranchissement qui a bousculé les conformismes et dérangé les lignes. Elle se distingue de ses devancières par ceci que la femme libre, le colonisé, le coloré des confins, le bi ou l’homosexuel ont fait irruption à l’avant-scène, avec des formes d’art jusqu’alors dédaignées, la danse, le rythme, le jazz, la chanson.» (R. DEBRAY). Pourtant, en 2020, Josephine Baker reste un paradoxe d’invisibilisation sous-estimée. Freda Josephine McDonald, connue sous le nom de Joséphine Baker, est une danseuse, chanteuse, résistante, militante, pilote, femme engagée dans la lutte contre le racisme et les droits des femmes. Née le 3 juin 1906 à Saint Louis, dans l’Etat du Missouri (Etats-Unis), elle épouse Willie Baker en 1921 et conserve son nom, malgré la brièveté de son mariage.

Une artiste inspirante

Elle commence sa carrière en étant danseuse au Standard Theather et participe à la tournée de la comédie musicale new-yorkaise Shuffle Along. Elle arrive en France en 1925 aux fins de participer au spectacle La Revue Nègre produit au Théâtre des Champs Elysées et y connait un succès immédiat. A l’occasion de ce spectacle, produit à l’époque des expositions coloniales, Joséphine Baker s’empare d’un symbole raciste, les bananes, et le détourne pour en faire un objet de scandale. En 1926, elle joue dans La Folie du jour aux Folies-Bergère. En 1927, elle se lance dans la musique et le cinéma. A titre indicatif, du côté de la musique, plusieurs de ses chansons ont connu un grand succès, dont sa reprise de « La petite tonkinoise » et sa chansons « J’ai deux amours ». Du côté du cinéma, elle joue dans le film Zouzou (1934), une comédie de Marc Allegret avec Illa Meery, Jean Gabin, Pierre Larquey et Yvette Lebon et Princesse Tam-Tam (1935) de Thunder Greville avec Albert Préjean, Robert Arnoux et Viviane Romance. Elle inspire un grand nombre d’artistes de son époque, tels que F. Scott Fitzgerald ou Pablo Picasso. Icône de la mode, elle inspire également Christian Dior. En 1936, Joséphine Baker repart aux États-Unis pour une tournée qui ne connait pas autant de succès que celle en France. Elle rentre en France l’année suivante et épouse Jean Lion, acquérant la nationalité française par ce mariage.

Une résistante et espionne au service de la France

Dès le début de la Seconde guerre mondiale, elle s’investit dans un grand nombre de causes : lutte contre l’antisémitisme, protection des réfugiés, moral des troupes, et surtout, implication dans l’effort de guerre. En effet, elle profite de sa notoriété et de sa facilité de déplacement grâce à ses spectacles afin de récolter des informations au profit des services secrets de la France libre, par le biais du commandant Abtey. Elle fait notamment passer des messages sur ses partitions.
Début 1940, sur l’avis de Jacques Abtey, Joséphine Baker s’installe en Dordogne où se formera
autour d’elle un cercle de résistants.
Lors de l’appel du Général de Gaulle du18 juin 1940, elle a pour mission de transmettre aux services de renseignement de la France Libre, les renseignements recueillis en zone occupée sur les positions allemandes.
Installée au Maroc entre 1941 et 1944, elle soutient les troupes alliées et américaines et est
impliquée dans les missions des services de renseignement. Elle est ensuite nommée sous-lieutenant dans l’armée de l’air et débarque à Marseille en 1944. A la Libération, elle la médaille de la Résistance française avec rosette, et elle reçoit les insignes de chevalier de la Légion d’honneur et la Croix de guerre 1939-1945 avec palme.
De retour en France, elle réalise des spectacles afin de remonter le moral des troupes, et notamment celui des troupes américaines. Elle apprend, auprès de ces dernières, que la discrimination raciale est toujours importante aux Etats-Unis et promet aux soldats Noirs américains qu’à la fin de la guerre, elle retournera aux Etats-Unis afin de lutter contre ce racisme.

Une militante engagée dans le Mouvement afro-américain des droits civiques

En 1947, elle retourne aux Etats-Unis. Elle écrit des articles et donne des interventions pour dénoncer le racisme et la ségrégation dans le pays. A la suite du meurtre du jeune afro-américain Emmett Till et de l’acquittement des deux assassins et de leurs aveux, elle relaie ce scandale en Europe pour dénoncer leur impunité.
De 1947 à 1951, elle réalise plusieurs concerts et conditionne ces derniers en imposant des musiciens noirs dans l’orchestre et que les billets soient vendus indistinctement aux noir.e.s et aux blanc.he.s.
Elle participe en 1963 à la Marche vers Washington pour l’emploi et la liberté organisée par Martin Luther King et à cet égard, elle est la seule femme à y prendre la parole. Vêtue de son uniforme français de l’armée de guerre, elle prend la parole pour prononcer son discours détaillant sa vie en tant que femme Noire aux Etats-Unis et elle prononce notamment les paroles suivantes : « Vous savez, mes amis, que je ne mens pas quand je vous raconte que je suis entrée dans les palaces de rois et de reines, dans les maisons de présidents. Et bien plus encore. Mais je ne pouvais pas entrer dans un hôtel en Amérique et boire une tasse de café. Et cela m’a rendu furieuse ».
Son plus grand combat contre le racisme est notamment symbolisé à travers ses enfants, sa « tribu arc-en-ciel ». En effet, à travers sa tribu arc-en-ciel elle veut prouver que les êtres humains sont égaux et peuvent vivre en paix et harmonie. Elle adopte douze enfants venus de tous continents, de toutes religions et de toutes culture : deux Algériens, un Colombien, un Finlandais, trois Français, un Ivoirien, deux Japonais et une Marocaine. A force de générosité, Josephine Baker connait des difficultés financières. En 1975, elle subit un accident cérébral et s’éteint, après avoir pu faire ses adieux sur scène.

Pour aller plus loin :
ç Documentaire : Arte. Joséphine Baker – Première icône noire. 2017
ç Documentaire : France TV. Joséphine Baker, danseuse, résistante, mère de famille.
Culottées. 2020.
Bibliographie :
ç Ouvrage: P. CARAVANTES. The Many Faces of Josephine Baker: Dancer, Singer,
Activist, Spy. Chicago Review Press. 2015.
ç Article : T. SNEGAROFF. “Josephine Baker”. Franceinfo. 2015.
ç https://www.melody.tv/artiste/josephine-baker

Cet article n’engage que son autrice

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