Par Zoë Vailler
TW-Viol
Dans la lignée de la campagne du Orange Day pour l’élimination des violences faites aux femmes, lancée par ONU Femmes, cette rubrique est consacrée au livre de Giulia Fois : Je suis une sur deux.
En mars 2020, la journaliste de France Inter publie ce livre qui est un témoignage du viol dont elle a été victime lorsqu’elle avait 20 ans ; elle fait partie des 1 femme sur 2 qui, selon le collectif Nous Toutes, a déjà subi un rapport sexuel non consenti. Elle raconte ce moment où tout se cristallise, où elle a l’impression de mourir, mais surtout l’après, le moment où elle prend conscience, le procès, l’acquittement, la reconstruction infinie mais aussi la force ultime qui se développe au gré de toutes les étapes de cette vie d’après. Ce livre est plein de réflexions féministes et de sentiments essentiels sur soi, sur nous, sur le monde autour. J’ai choisi d’en développer quelques-uns ici.
“J’ai eu de la chance. J’ai eu le bon viol.”
Elle commence par une phrase brutale relevant une vérité sociale. À travers cela, elle s’engage dans la destruction du mythe bienséant du viol, encore tabou mais dont on accepte de parler dans les limites de l’imaginaire collectif en niant qu’un violeur peut être n’importe qui ; en réalité, les agresseurs sont dans 80% des cas une personne connue par la victime. Au fil des chapitres, Giulia Foïs remet en question le “viol type”, celui que la société a rendu acceptable, mais qui reste tout de même impuni. Elle veut aussi déconstruire l’attente sociale qu’on a des victimes, car il n’existe pas une attitude à avoir après un viol, chaque deuil est singulier.
“Que la parole « se libère » ou pas, toute la question est de savoir si les oreilles, elles, vont enfin se déboucher.”
Ce livre porte des mots et des vérités qui déstabilisent les normes sociales articulées autour de la culture du viol. L’autrice participe à briser cette culture tellement ancrée, partout et chez tout le monde. Faire cette remise en question c’est s’efforcer de repartir à zéro, de sortir de sa zone de confort, de nos acquis et de ce qui semble être normal. Cette déconstruction est bien compliquée car elle se voit opposer le mépris inévitable de ceux qui sont privilégiés par cette culture. Giulia Foïs, au travers de son témoignage, sonne l’urgence de reconnaître l’existence de la culture du viol qui banalise les violences, qui blesse et qui tue.
Elle parle aussi de la force qu’elle a aujourd’hui, la force de celle à qui c’est arrivé, de prendre son temps, de s’écouter soi enfin, d’accepter.
Aujourd’hui les témoignages sont d’une importance capitale pour comprendre ce qui se joue physiquement, psychologiquement et émotionnellement chez celles qui vivent et qui survivent à de telles violences. L’autrice insiste alors sur l’importance de parler pour se libérer mais aussi sur celle d’écouter pour donner la résonance nécessaire aux témoignages. Absurdement, la prolifération des témoignages à l’ère de #metoo doit encore faire face à la minimisation, le discrédit et l’aveuglement d’un nombre considérable de personnes.
“Lettre à toi, à qui ça vient d’arriver”
Dans la dernière partie de ce livre, Giulia Foïs nous adresse une lettre retentissante et tellement juste qui nous rappelle notre liberté et la nécessité de croire celles qui racontent.
Le récit de Giulia Foïs est aussi celui de milliers de femmes, il contribue à bâtir le ciment d’une lutte pour éliminer les violences en déconstruisant tout ce qui les autorisent. Les témoignages sont absolument nécessaires, ils sont une clé de compréhension précieuse et une thérapie qui apaise et révolte à la fois.
Je vous laisse lire, écouter, découvrir cette lettre parce qu’elle est importante:
Cet article n’engage que son autrice.
