Élisabeth de Bohême

Par Axelle Morineau

A l’époque où les domaines intellectuels comme les mathématiques, la physique ou la philosophie n’était enseigné aux femmes que dans le seule but de briller dans les salons, la princesse déchue, Elisabeth de bohême, ne pouvait se contenter d’une connaissance superficielle sur ces sujets, en particulier dans le domaine de la philosophie.

Princesse Palpatine, née en Allemagne à Heidelberg et fille des souverains de Bohême Frédéric V et d’Élisabeth Stuart, dont le règne ne fut que bref. Son père se fera assez vite destitué ce qui poussa sa famille à l’exil. Elle ira d’abord vivre à Heidelberg auprès de sa grand-mère, qui lui enseigne la piété.

Malgré l’exil, Elisabeth reçoit une parfaite éducation digne de son rang quand elle est envoyée avec ses frères et sœurs à Leyde (Pays-Bas), vers l’âge de neuf ou dix ans, pour parfaire celle-ci. Là, elle étudie les lettres classiques et modernes, les mathématiques, les langues anciennes et contemporaines, ainsi que les arts et montre une inclination particulière pour la philosophie. Elle y gagna le surnom de “la Grecque”, pour sa maîtrise impressionnante des langues anciennes.

Très attachée à la religion protestante, Elisabeth refuse de s’unir avec un souverain catholique que ses parents ont choisi pour elle. Elle finit par devenir, en 1667, abbesse protestante de l’Abbaye d’Herford où elle se distingua par son exactitude à remplir ses devoirs, par sa modestie et sa philanthropie, et particulièrement son hospitalité envers les persécutés pour raison de conscience.

Elisabeth de Bohême est une figure majeure de l’histoire féministe de la philosophie occidentale du 17e siècle. Pourtant il n’existe aucun ouvrage, aucun travail signé de sa main. Très reconnue et appréciée pour son intelligence, elle se démarque par sa perspicacité et sa réflexion, résolvant des problème mathématiques très complexe, dépassant de loin les capacités intellectuelles attendu d’une femme de son temps. Malgrés cela, la femme de lettre et de science qu’elle était se refusa toujours à publier quoi que ce soit, partager au grand public sa pensée ou ses travaux, et pris délibérément le chemin de l’anonymat et tenait à ce que son souhait soit rigoureusement respecté.

En plus, de côtoyer plusieurs de ses contemporains, elle va chercher à s’éloigner de la philosophie abordée dans les salons littéraires organisés par les femmes de lettres pour se démarquer des sociétés d’hommes, trop simplistes à son goût pour s’adresser directement par correspondance au grands philosophes de son époques. Dès 1639, elle échangea des lettres avec Anne Marie de Schurman, une érudite

surnommée “la Minerve hollandaise” mais sa correspondance reste la plus célèbre, qui fait sa renommée aujourd’hui, est celle qu’elle a entretenue avec Descartes jusqu’à la mort de ce dernier. Elle impactera grandement les travaux du philosophe qui la prendra comme disciple et à qui il dédiera ses Principes de la Philosophie en 1644. Elle lui inspira aussi son dernier ouvrage Les passions de l’âme en 1949.

C’est par cette correspondance, très spéciale pour l’époque entre le déjà très vieux philosophe et cette femme d’aristocratie, que nous pouvons aujourd’hui à peu près comprendre la pensée d’Elisabeth de Bohême. Elle se retrouve à travers des questions qu’elle va poser à Descartes, notamment sur le rapport entre l’âme et le corps, que celui-ci considérait comme deux entités distinctes, face auxquelles le philosophe se retrouve bien souvent sans réponse satisfaisante. Loin d’être une élève banal, elle pose beaucoup de question et pour toujours le philosophe à approfondir sa pensée, chose à laquelle il sera d’ailleurs très admiratif :

“J’ai eu l’honneur d’être connu de votre Altesse, et de lui pouvoir quelquefois parler , ce qui m’a donné moyen de remarqué en elle des qualités si estimables et si rares (…) je n’ai jamais rencontré personne qui si généreusement et si bien entendu tout ce qui est contenu dans mes écrits(…) Mais ce qui augmente le plus mon admiration, c’est qu’une si parfaite et une si divers connaissance de toutes les sciences n’est point en quelque vieux docteur qui est employé beaucoup d’années à s’instruire, mais en princesse qui est encore jeune et dont le visage représente mieux celui de la poète ont attribué aux Grâces que celui qu’ils attribuent aux muses ou à la savante Minerve. (…) Cette parfaite sagesse m’oblige à tant de vénération.”

— René Descartes

Aussi, elle utilisa sa cour d’exil à La Haye pour créer un réseau propice aux femmes universitaires. Son réseau était un espace où les femmes pouvaient s’engager dans la recherche philosophique par correspondance. En plus d’Elisabeth, le réseau comprenait sa correspondante Anna Maria van Schurman, mais aussi Marie de Gournay et Lady Ranelagh.

Cet article n’engage que son autrice.

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