Par Souria Jaccaud
Mathilde de Morny (1863-1944), dite « Missy », est une marquise française, petite nièce de Napoléon III.
Sa singularité : se faire appeler « Max », « Oncle Max », « Monsieur le Marquis ». Son désir profond est celui d’être un homme. Ce souhait, Missy l’assume pleinement, bien que le transgenre ne soit pas encore intelligible, et encore moins compris ou accepté. C’est même encore, à cette époque, pour les femmes, un délit de s’habiller en homme.
Comme le dit Samia Bordji, responsable du Centre d’études Colette, “méprisant toutes les conventions, Missy affirme sa virilité… Incapable de situer ce personnage inclassable, l’époque s’en tient à la condamnation. Missy, sorte d’énigme mondaine et sociale de la Belle Époque, ouvre douloureusement la voie à la vaste question du genre et de l’identité sexuelle.”
Vie conjugale et amoureuse. En 1881, elle épouse Jacques Godart de Belbeuf, qui la laisse libre de poursuivre ses liaisons lesbiennes. Elle divorce en 1903, et grâce à sa fortune entretient de nombreuses femmes à Paris, y compris Colette avec laquelle elle a une relation amoureuse pendant plusieurs années. Dans ses écrits, l’autrice y fait allusion comme « La Chevalière » qui, « en sombre ajustement masculin, démentait toute idée de gaieté et de bravade… Venue de haut, elle s’encanaillait comme un prince ». Le couple se sépare après l’achat d’un manoir commun, en 1910. Il ne reste que peu de correspondances épistolaires entre les deux femmes.
Le scandale du Moulin Rouge. Le 3 janvier 1907, Missy se présente sous l’anagramme d’Yssim dans la pantomime Rêve d’Égypte, au Moulin Rouge. Elle joue le rôle d’un égyptologue qui réveille une momie, jouée par Colette, en lui donnant un baiser. La réaction virulente ne se fait pas attendre et provoque une bagarre générale. Ce scandale révèle la véritable identité de Missy. Sa famille la rejette et cesse tout soutien financier.
L’ “avant-garde” de la transidentité. La marquise/le marquis portait toujours un complet veston et un caleçon d’homme, avait le cheveu court, et fumait. Elle se fera également retirer les seins et la vulve, ce qui fait qu’elle est, au XXIe siècle, parfois considérée comme un homme trans, bien que ce mot n’existait pas à son époque.
Décès. Fin mai 1944, elle tente de se faire hara-kiri mais est sauvée. Complètement ruinée, elle se suicide un mois plus tard le 29 juin 1944. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise. Depuis sa séparation avec Colette, très peu d’informations nous sont parvenues, et les quelques échanges épistolaires du couple ne permettent pas de brosser un portrait précis de cette femme que François-Olivier Rousseau qualifie de “d’être inachevé” et de “personnage hybride”.
Cet article n’engage que son autrice.
