Cho Nam-Joo, Kim Ji Young, née en 1982, 2016: un roman introspectif de la société patriarcale sud coréenne

Par Inès Tchouchi

Dans son premier roman, l’auteur sud coréenne Cho Nam-Joo s’intéresse à une femme ordinaire, Kim Jiyoung, menant une vie tout aussi ordinaire à Séoul avec son mari et leur petite fille, jusqu’au jour où elle se met à parler avec la voix d’autres femmes. 

A travers ce récit, l’auteur dresse le portrait de la protagoniste de son enfance jusqu’au jour du déclenchement de sa curieuse condition. À travers le récit de la vie de Kim Ji Young, marquée par ses expériences au sein d’une société profondément patriarcale, l’auteur dépeint les innombrables oppressions ordinaires auxquelles les femmes font face dans le monde d’aujourd’hui. 

Dans une interview avec Madame Figaro, l’auteur dit avoir voulu raconter “le désespoir, la fatigue, la peur que les femmes ressentent parce qu’elles sont des femmes”. 

Le récit de ces expériences personnelles résonne de manière universelle auprès des femmes vivant dans des sociétés patriarcales; le contexte d’écriture du roman en est la preuve. 

Lorsque Cho Nam Joo entame l’écriture de son roman en 2015, la Corée subit une vague de sexisme et de misogynie. Cette année-là, la diffusion de vidéos de viol sur des sites pronographiques est monnaie courante, et les médias sont le théâtre de la propagation d’une réthorique mysogine comparant les mères d’enfants en bas âges à des vermines (mom-choong). 

L’auteur dénonce une image de la femme créée par les médias renvoyant à un être “consumériste, émotionnellement tordu et dénué de bon sens”. (Madame Figaro)

Pour raconter la violence des expériences subies par Kim Ji Young, et par extension par les femmes d’aujourd’hui, l’auteur s’est appuyée sur des témoignages trouvés sur Internet et les réseaux sociaux, dans des reportages sur la vie des femmes, et des interviews, délivrant ainsi un récit pouvant faire écho auprès du plus grand nombre de femmes possible. 

Pour appuyer sa critique de la société coréenne contemporaine vis-à-vis de son traitement des femmes, le récit est assorti de chiffres et de statistiques permettant de souligner que cette histoire va au-delà de la fiction, puisqu’elle représente la réalité de beaucoup de femmes. L’ajout de données objectives a permis à l’auteur de confronter le lecteur à la réalité des situations fictives qu’elle dépeint dans son œuvre. 

Sur ce sujet, l’auteur a affirmé avoir voulu : “ livrer une photographie de la condition des femmes coréennes d’aujourd’hui, sans dénigrement ni altération, et aussi signifier que cette histoire n’était pas que de la fiction, que pour certaines femmes, c’était juste la réalité.”

Dès sa sortie, Kim Jiyoung est devenu un phénomène: si la presse française salue  “un roman féministe à résonance universelle, une arme brillante contre la pensée conservatrice et patriarcale”, il a fait polémique en Corée, où il est l’un des rares livres à s’être vendu à plusieurs millions d’exemplaires. 

Le choix de l’auteure de rendre la protagoniste presque anonyme (notamment en lui attribuant le nom le plus donné en Corée du sud l’année de sa naissance), a pour effet de créer un récit auquel toute personne ayant vécu des actes sexistes ou misogynes, aussi “ordinaires” puissent-ils paraître, peut s’identifier, et ce malgré les particularités de la société coréenne. 

C’est un but que l’auteur affiche clairement: “J’ai souhaité que les lectrices puissent s’y voir elles-mêmes ainsi que les femmes de leur entourage, et je pense que cela a été le cas pour bon nombre d’entre elles.”

Cet article n’engage que son autrice

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