par Oxana Oursel
« Je construirai une force où je me réfugierai à jamais. » Simone de Beauvoir (1908 – 1986)
Née dans une famille aisée en 1908 à Paris, Simone de Beauvoir reçoit une éducation rigide, bourgeoise et catholique. De mauvaises affaires précipitent la famille de Beauvoir dans des conditions économiques compliquées, ce qui motive le père de Simone à lui transmettre dès le plus jeune âge un capital culturel, un goût de la littérature et des études, outils qui lui permettront par la suite de s’échapper de sa condition.
A l’adolescence, Simone de Beauvoir s’émancipe de sa famille en devenant athée, et a comme but de devenir écrivaine. Après son baccalauréat, elle étudie les mathématiques, les lettres et la philosophie.
Etudiante à la faculté des lettres de la Sorbonne à Paris, elle y rencontre Jean-Paul Sartre, en qui elle voit un esprit jumeau, vivant un amour nécessaire mais non exclusif (ne se privant pas d’amours contingentes). Rapidement, elle se distingue par ses capacités intellectuelles, et c’est en 1929, qu’elle est reçue deuxième au concours d’agrégation de philosophie, juste derrière Jean-Paul Sartre.
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sont affecté.e.s à deux endroit différents et voulant faciliter leur relation, Jean-Paul Sartre lui propose de l’épouser, ce qu’elle refuse : pour elle, « le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales. En modifiant nos rapports avec autrui, il eût fatalement altéré ceux qui existaient entre nous. » Le couple se permet de vivre des concubinages avec d’autres personnes et Simone de Beauvoir entame des relations bisexuelles.
Elle s’oriente vers une carrière littéraire en 1943 et c’est en 1945 qu’elle fonde (et assurera la direction en 1971) la revue Les temps modernesavec Sartre, Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Boris Vian et d’autres intellectuels de gauche, ayant comme objectif de promouvoir l’existentialisme par le biais de la littérature contemporaine. Elle acquiert son indépendance financière lui permettant de se dévouer à l’écriture, activité de prédilection dès son plus jeune âge.
Obtenant la notoriété en 1949 en publiant Le Deuxième Sexe, elle gagne en visibilité et finit par obtenir en 1954 le prix Goncourt avec son roman Les Mandarins, roman peignant le monde politique et intellectuel de l’après-guerre et mettant en exergue sa liaison avec Nelson Algren.
Simone de Beauvoir se lance dans l’écriture de récits autobiographiques à partir de 1958, témoignage de sa volonté absolue d’écrire, d’exister, de vivre libre, soutenant « je construirai une force où je me réfugierai à jamais ».
Femme de lettre engagée, elle signe en 1960 le Manifeste des 121, déclaration sur le « droit à l’insoumission » dans la guerre d’Algérie et joue un rôle important dans les combats de Gisèle Halimi et Elisabeth Badinter pour la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la Guerre d’Algérie et pour le droit à l’avortement. Le Manifeste des 343 est rédigé par Simone de Beauvoir et sera publié en 1971 et c’est avec Gisèle Halimi qu’elle cofonde le mouvement de lutte pour la dépénalisation de l’avortement Choisir.
Féministe radicale*, elle participe à la création et l’élaboration de la revue Questions féministes en tant que directrice de la rédaction, principal véhicule du courant féministe matérialiste* de l’époque. Après la dissolution du comité de cette dernière, elle reprend le poste de directrice pour la revue Nouvelles Questions féministes qui se crée en 1981, poste qu’elle gardera jusqu’à sa mort.
Au cours de sa vie, Simone de Beauvoir voyage dans de nombreux pays où elle rencontre des personnalités communistes, tel que Fidel Castro, Che Guevara, Mao Zedong ou Richard Wright.
Après la mort de Jean-Paul Sartre en 1980, elle fait d’une jeune étudiante en philosophie, Sylvie Le Bon, sa fille adoptive et l’héritière de son œuvre littéraire.
En 1986, Simone de Beauvoir meurt et rejoint le tombeau de Jean-Paul Sartre au cimetière Montparnasse.
« On ne naît pas femme : on le devient. » Simone de Beauvoir – Le Deuxième Sexe, Tome II (1949).
Cette phrase controversée ouvrant le second tome du livre Le Deuxième Sexe servira de modèles aux études sur les femmes et leur condition. Devenu un slogan du féminisme*, il revendique le refus d’une construction de ce qu’est et doit être une femme. Simone de Beauvoir « la maintient tout à fait. Tout ce que j’ai lu, vu, appris pendant ces trente années m’a complètement confirmé dans cette idée. On fabrique la féminité comme on fabrique d’ailleurs la masculinité, la virilité. Il y a eu beaucoup d’études très intéressantes de psychanalystes, de psychologues, ou autres, pour démontrer ce fait. » affirme donc que l’inégalité femme-homme est culturellement construite, et non naturelle. La femme étant au départ, intellectuellement et physiquement, l’égal de l’homme, c’est ce dernier, parce qu’il produit l’idéologie, parce qu’il se veut dominant, renvoie la femme à son altérité pour en faire un être inférieur, un être biologique.
Existentialiste* affirmée, Simone de Beauvoir n’accepte pas que tout être humain puisse être soumis à un quelconque destin préétabli et récuse donc le principe d’une « nature féminine », les individus ne sont pas déterminés d’avance par leur essence, mais libres et responsables de leur existence.
La plupart des philosophes s’accordent à dire que la plus grande contribution de Simone de Beauvoir à la philosophie est son magnum opus* révolutionnaire, Le deuxième sexe. Cet ouvrage publié en 1949 a su trouver un public avide et le sujet était si controversé que de nombreuses critiques ont été faites et lui a valu d’être placé dans l’index des livres interdits par le Vatican.
Frappant par l’ampleur de la recherche et la profondeur de ses idées centrales, il reste à ce jour l’un des textes fondateurs de la philosophie, du féminisme et des études sur les femmes.
Œuvres principales :
Romans – L’Invitée (1943) ; Le Sang des autres (1945) ; Tous les hommes sont mortels (1946) ; Les Mandarins, Prix Goncourt (1954)
Recueils de nouvelles – La Femme rompue (1967) ; Quand prime le spirituel (1979)
Essais – Pyrrhus et Cinéas (1944) ; Pour une morale de l’ambiguïté (1947) ; Le Deuxième Sexe (1949) ; Privilèges (1955) ; La Longue Marche (1957) ; La Vieillesse (1970) ; Faut-il brûler Sade ? ( 1972)
Récits autobiographiques – Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) ; La force de l’âge (1960) ; La force des choses (1963) ; Une mort très douce (1964) ; Tout compte fait (1972) ; La cérémonie des adieux, suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre : août-septembre 1974 (1981)
*Index :
- Existentialisme – doctrine selon laquelle l’homme n’est pas déterminé d’avance par son essence, mais libre et responsable de son existence.
- Féminisme – ensemble de mouvements et d’idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.
- Féminisme radicale – courant du féminisme qui considère qu’il existe une oppression spécifique des femmes au bénéfice des hommes, résultant avant toute autre cause du patriarcat, et qui se donne pour objectif de l’abolir. Il dénonce la naturalisation du rôle social des femmes. Première étape pour lutter : montrer que l’oppression des femmes est socialement construite.
- Féminisme matérialiste – courant du féminisme radical issu de la deuxième vague féministe qui s’est caractérisé par l’usage d’outils conceptuels issus du marxisme pour théoriser le patriarcat.
- Magnum opus – L’expression magnum opus, ou grand œuvre, est employée pour désigner l’œuvre de toute une vie, souvent la plus renommée, la plus marquante, d’un penseur, écrivain, artiste, ou compositeur.
Cet article n’engage que son autrice.
