Niki de Saint Phalle

Par Aurore Poncelet 

Niki de Saint Phalle, née Catherine-Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, est une artiste franco-américaine née en 1930. Alors qu’elle est hospitalisée pour sa dépression, la jeune femme découvre les vertus thérapeutiques de la peinture. L’art devient donc un exutoire, ainsi qu’un moyen pour la jeune femme d’affirmer son engagement. En cinquante ans de carrière, elle crée d’ailleurs plus de 3 500 œuvres. La cause féministe lui tient particulièrement à cœur : en effet, les séries de Nanas représentent des femmes libres, des femmes fortes, des femmes enjouées – des héroïnes. Dans une France traumatisée par le sida, elle crée également de nombreuses illustrations pour apporter son soutien à la lutte. Enfin, les séries des Black Nanas et des Black Heroes, qui n’ont pas été véritablement médiatisées, témoignent de son engagement contre le racisme.

L’illustration qui accompagne cet article n’est autre qu’une photographie de la Black Venus, tirée de la série des Black Nanas, et crée en 1966, alors que les mouvements de lutte contre la ségrégation et les discriminations se multiplient. Comme les autres Nanas, la Black Venus est géante : elle fait en effet plus de 2 mètres 80. C’est donc le pouvoir de la femme qui est ici célébré : pour lutter contre les oppressions, elle ne doit rien perdre de sa force. Cette nouvelle Vénus ne correspond alors pas aux standards de beauté occidentaux : dans In Her Own Image, Women Working in the Arts, Elaine Hedges écrit à ce propos que Niki de Saint Phalle “est bien consciente que la plupart des mythes occidentaux présentent peu de modèles féminins avec lesquels les femmes d’aujourd’hui – et plus particulièrement les femmes appartenant à des groupes ethniques ou raciaux minoritaires – peuvent s’identifier.” Elle ajoute : “Portraying the goddess of love and beauty as strong, active and black, rather than mild, passive and white, Saint Phalle affirms the being and beauty of the Black woman.” Le maillot de bain coloré et le ballon de plage, comme attrapé en plein vol, semblent également rappeler au spectateur que la Nana est avant tout une femme libre. C’est d’ailleurs par devoir de mémoire qu’elle crée une autre Nana, My Heart Belongs to Black Rosy, en hommage à Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis.

Comme l’écrit Camille Morineau dans une interview qu’elle accorde à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, la Black Venus symbolise “la femme de demain”. Elle ajoute : “La Nana noire, c’est le symbole d’une utopie, un monde où Noirs et Blancs seraient égaux”. Sa volonté ? Associer Black Power et “Nana Power”– l’expression est sienne – afin de mettre fin aux inégalités raciales et de genre. Avec ces Nanas, Niki de Saint Phalle rend donc hommage à toutes les femmes noires : consciente que celles-ci sont doublement victimes – parce qu’elles sont femmes, et parce qu’elles sont noires – elle choisit de leur accorder une place dans le monde de l’art, et donc de mettre fin à leur invisibilisation. Ses Nanas sont en effet exposées, comme elle l’a toujours souhaité, dans l’espace public, et donc visibles par tou.te.s. Si son oeuvre s’inscrit dans le contexte tumultueux du Civil Rights Act, l’événement ne revêt pas la même importance en France, et les Nanas noires de Niki de Saint Phalle passent relativement inaperçues.

Si cet article vous a plu, et si vous désirez en savoir plus sur cette talentueuse artiste, nous vous invitons à prendre connaissance de l’ensemble de son oeuvre en cliquant sur ce lien :

https://www.grandpalais.fr/pdf/dossier_pedagogique/Dossier_pedagogique_Niki.pdf

 

Cet article n’engage que son autrice

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