Par Charlotte Plat
Dans le monde de la culture et de l’art, Camille Morineau est devenue une personnalité
incontournable.
Petite-fille d’une grand-mère médecin et fille d’une mère ingénieure, Camille Morineau vient d’une famille où les femmes ne sont pas des laissées pour compte. Son parcours universitaire débute par son entrée à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, en 1985, la première année où l’École ouvre ses portes aux femmes, jusqu’alors cantonnées à Sèvres. Trois ans plus tard, Camille Morineau part pour les États-Unis, dans l’État du Massachusetts, où elle enseigne le français sur le campus du Williams College. Ce voyage est un moment fondateur, qui guidera ses choix de carrière et ses objectifs professionnels, grâce aux gender studies. Diplômée d’un DEA en histoire de l’art, elle enseigne l’histoire de l’art du XXe siècle pendant plus de dix ans à l’École du Louvre, et deux ans à l’ENS. Enfin, intègre l’Institut National du Patrimoine pour devenir conservatrice du patrimoine.
Forte de ce parcours universitaire riche, en tant qu’étudiante mais également en tant
qu’enseignante, Camille Morineau a su s’imposer dans le monde de l’art, de la culture et des musées, avec pour objectif premier de donner aux artistes de genre féminin la place d’exister en les exposant au même titre que leurs homologues masculins. Son poste de commissaire d’exposition au Centre Pompidou, de 2003 à 2013, lui a permis de présenter elles@centrepompidou (du 27 mai 2009 au 21 février 2011). Contrairement à l’exposition, l’accrochage intègre au parcours des collections permanentes, des œuvres provenant des collections du musée. Camille Morineau décide donc de présenter plus de 500 œuvres, de plus de 200 artistes de genre féminin, appartenant au Centre Pompidou. La quatrième niveau du Centre leur est entièrement consacré, tandis qu’au cinquième niveau, ces œuvres intègrent le parcours existant des collections modernes, composées très majoritairement d’œuvres créées par des hommes. elles@centrepompidou a fait couler beaucoup d’encre, et de nombreuses critiques ont été faites de la part des visiteur.ses, contre ce qu’iels considéraient comme une surféminisation des collections, en prétendant que ces femmes n’avaient pas leur place dans les collections permanentes. Les artistes de genre féminin, de leur côté, ont dénoncé une « ghettoïsation » de leur travail, craignant que leur art soit réduit à leur genre.
Puis, en 2014, Camille Morineau consacre une rétrospective à Niki de Saint Phalle au Grand Palais. La conservatrice travaille ensuite à la direction des collections et des expositions de la Monnaie de Parie de 2016 à 2019, date à laquelle le programme d’exposition est supprimé.
En parallèle à son parcours professionnel, Camille Morineau co-fonde l’association AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions) en 2014, et en devient la Présidente.
Comme dans son travail de conservatrice et de commissaire d’exposition, Camille Morineau met au cœur de son projet les artistes de genre féminin. Le constat premier est le suivant : les artistes de genre féminin ont toujours existé, mais nous ne les connaissons pas. Plusieurs questions se posent alors : qui sont-elles ? qu’ont-elles fait ? comment pouvons-nous les rendre accessibles aux publics ?
L’association a donc travaillé à réunir de nombreuses archives, accessibles à toustes, ainsi qu’un site sur lequel sont répertoriées de nombreuses artistes de genre féminin sous forme de fiches. Le travail des membres d’AWARE est davantage tourné vers les artistes contemporaines, voire très contemporaines, mais ce phénomène d’invisibilisation des artistes de genre féminin et d’euphémisation de leur production artistique existe dans le cas de toutes les périodes. On pense notamment à Élisabeth Vigée-Lebrun, Berthe Morisot ou encore Camille Claudel, réapparue après des décennies, voire des siècles d’oubli, collectif et volontaire, grâce à un travail de recherches approfondi sur leurs œuvres et leur vie. Le travail mené par AWARE doit pouvoir apporter reconnaissance à de nombreuses autres artistes de genre féminin dont le nom n’est pas encore
connu.
Pendant le confinement et au moment du déconfinement, Camille Morineau ainsi que toutes les personnes travaillant pour l’association ont enrichi le site grâce à de nouvelles fiches. Les contributions du public sont les bienvenues, et nous ne sommes pas à l’abri de voir ressurgir des archives des musées, des œuvres créées par des femmes, dont on ne connaît plus l’existence et dont le travail a été largement déconsidéré.
Cet article n’engage que son autrice.
