Par Zoë Vailler.
Le documentaire suisse-allemand #Female Pleasure réalisé par Barbara Miller est sorti en 2018. Au travers de 5 femmes issues de religions et de cultures différentes, on aborde la sexualité féminine et le contrôle social qui s’exerce universellement contre elle.
Deborah Feldman est une américaine qui raconte sa rupture avec la communauté juive hasidique.
Vithika Yadav se soulève contre le tabou du sexe et la culture du silence qui régissent la société indienne.
L’artiste japonaise Rokudenashiko créée des représentations du vagin dans un pays qui les considère comme obscènes.
Leyla Hussein, d’origine somalienne, vit au Royaume-Uni et se bat pour la libération de la sexualité féminine et notamment contre l’excision.
Doris Wagner est une ancienne religieuse de l’Eglise catholique romaine, période durant laquelle elle a été victime de viols qu’elle dénonce aujourd’hui.
Au travers des expériences de ces femmes, on retrouve un problème global : celui du contrôle constant des femmes dans leur sexualité.
Le rôle de la religion et de la culture
Selon ces femmes, si les sociétés sont obsédées par la sexualité féminine, c’est en raison d’une interprétation masculine des textes religieux et alors de la création d’une culture imprégnée par la misogynie.
La sexualité des femmes se limite à faire des enfants et donc la possibilité même pour les femmes d’avoir du plaisir est totalement niée et dénigrée. Le tabou du vagin au Japon, celui du sexe en Inde ou encore la pratique de l’excision dans de nombreux pays sont autant d’exemples qui incarnent la destruction totale d’un possible épanouissement sexuel pour les femmes.
Pour Doris Wagner, la Bible est un outil pour faire culpabiliser les femmes d’être des femmes. Les hommes ont interprété les textes religieux de telle sorte qu’ils régissent les rôles sociaux de chacun.e et présentent un modèle féminin idéal comme celui de Marie, vierge et mère. La contradiction est que l’on considère pourtant les femmes comme des “Eve”, c’est à dire des dangers dont les comportements sexuels sont impurs et culpabilisants.
La domination masculine omniprésente rend le corps de la femme nécessaire pour engendrer tout en faisant de lui une menace dès lors qu’il s’agit d’évoquer le plaisir.
Les traditions culturelles et les rituels religieux sont parfois le moyen de légitimer les mariages forcés, les agressions sexuelles, la culture du viol plus globalement. Leyla Hussein précise qu’il ne s’agit absolument pas d’éléments à rattacher à des impératifs culturels ou religieux mais bien des actes barbares et traumatisants à condamner.
Accabler le plaisir féminin en se référant à des mythes aliénants ou des images dégradantes, comme la pornographie, sont seulement les moyens de laisser la société définir les femmes en écartant totalement les possibilités d’autodétermination.
Le problème réside donc définitivement dans l’existence d’un patriarcat universel et immobilisant.
Le rapport au corps dépersonnalisé
Le documentaire montre des femmes qui en viennent à se haïr. Elles ont honte de leur corps et se sentent coupables des violences auxquelles elles sont soumises. La souffrance des traumatismes liés aux abus sexuels est d’autant plus forte que leur parole est censurée et le corps féminin diabolisé. La méconnaissance de son corps et de ses désirs rend son appropriation personnelle éprouvante, parfois impossible.
Il s’agit alors d’assurer une liberté sexuelle aux femmes, de mettre fin au modelage du corps en fonction des standards de beauté ou encore de communiquer sans tabous sur les rapports sexuels.
Se redéfinir en tant que femme libre
Les 5 femmes qui parlent dans le documentaire sont des femmes qui ont décidé de s’émanciper de la condition que la société leur impose. Elles revendiquent leur plaisir sexuel et l’importance de prendre possession de leur corps. Pour arriver à briser les tabous et redéfinir les normes, l’éducation est primordiale afin de trouver sa place en tant qu’individu unique et épanoui selon ses propres désirs.
#Female Pleasure met en lumière des femmes fortes et courageuses qui se confrontent à l’hostilité de sociétés qui les méprisent, les censurent et les menacent. Le combat pour la réappropriation de son plaisir et de sa liberté est la perspective d’une vie épanouie à laquelle les femmes ont aussi droit.
Cet article n’engage que son autrice.
