Les Règles de notre liberté, un documentaire de Rayka Zehtabchi

Par Marie Lebrun.

« [Les femmes­] ignorent l’ampleur de leur force et ce dont elles sont capables » – Les Règles de notre liberté.

Récompensé par l’Oscar du meilleur court-métrage documentaire en 2019, ce reportage vous propose de suivre les aventures de femmes vivant dans l’Inde rurale au sein du district de Hapur, à une soixantaine de kilomètres de New Delhi, dont l’ambition est de fabriquer des protections hygiéniques en brisant le tabou qui règne en maître autour du sujet des menstruations.

Pour l’un des intervenants, les règles sont une « maladie » touchant principalement les femmes. Cette idée reçue témoigne d’une méconnaissance et de la stigmatisation dont les menstruations font encore l’objet en Inde.

« Que se passe-t-il dans notre corps ? »

Des jeunes filles vont jusqu’à quitter les bancs de l’école, car elles se sentent trop contraintes et embarrassées à l’idée de changer le chiffon qui leur sert de protection au sein des toilettes d’un établissement scolaire. Pour ces raisons, on estime que 23% des adolescentes indiennes finissent par interrompre leur scolarité.

Les temples sont interdits en période de règles, les personnes menstruées n’ayant plus le droit de prier car jugées sales et impures. Cette injustice doit dès lors cesser.

Parmi les témoignages des femmes interrogées, Sheba déplore le manque de liberté des femmes et des filles qui ne seraient pas encouragées à travailler ni à s’émanciper, d’autant plus après le mariage.

Rebka raconte qu’elle utilise de vieux vêtements usagers pour se fabriquer ses serviettes hygiéniques, faute de moyens suffisants pour en acheter directement.

Shabana ainsi que les autres femmes du groupe organisent des réunions pour informer sur l’importance accordée à l’hygiène en période de règles et effectuent des démonstrations sous les yeux étonnés des spectatrices.

L’objectif est que 100% des personnes menstruées en Inde puissent avoir recours à des serviettes hygiéniques. A l’heure actuelle, seulement moins de 10% des Indiennes en utilisent. Certaines jeunes femmes n’ont parfois jamais entendu parler de ces protections et ne savent pas comment les utiliser. D’autres rient lorsqu’on les interroge sur ce sujet et se sentent gênées à l’idée d’en parler.

Face à ces constats alarmants, Pad Project a vu le jour. Il s’agit d’une machine fabriquant des serviettes bio dégradables et bon marché pour permettre aux femmes et jeunes filles de s’en procurer plus aisément à prix abordable. En effet, les serviettes hygiéniques traditionnelles étant jugées trop chères pour pouvoir en bénéficier, ces femmes proposent à leur entourage d’apprendre à en fabriquer. Cette belle initiative évolue mais non sans difficulté.

Lorsque Suman est interrogée, elle pointe du doigt les problèmes d’électricité qui surviennent régulièrement, provocant des pannes importantes qui les empêchent de travailler sur la machine. Toutefois, ces femmes sont déjà parvenues à fabriquer près de 20 000 serviettes hygiéniques. Elles ont d’ailleurs décidé d’appeler symboliquement les protections Fly.

 « La machine est pour les femmes. Nous voulons qu’elles prennent leur envol. », déclare ainsi l’une d’elles.

Une fois fabriquées, l’étape suivante est de les vendre et cela nécessite de développer une véritable micro-économie. Les femmes peinent à acheter les serviettes en magasin car trop exposées au regard accusateur de certains hommes. C’est la raison pour laquelle elles se les procurent plus facilement auprès du groupe d’indiennes qui effectue du porte-à-porte. Ces dernières doivent d’ailleurs redoubler d’efforts pour tenter de convaincre les femmes du quartier d’acheter leurs produits en montrant en quoi ils se démarquent des autres, notamment de par leur utilité et leur qualité.

Même si cela est encore rare, il arrive que des hommes s’intéressent au processus de fabrication des serviettes, voire essayent d’en faire eux-mêmes ! Cela témoigne d’une avancée certaine.

Cette révolution silencieuse bénéficie ainsi doublement aux femmes qui travaillent pour ce projet puisqu’elle leur permet d’une part, d’être davantage respectées par leurs frères et maris en disposant d’un revenu et, d’autre part, de pouvoir s’émanciper en leur donnant la possibilité de réaliser leurs rêves. C’est par exemple le cas de Sneha qui voudrait devenir policière à Delhi.

Pour découvrir la suite de leurs aventures, voici la bande-annonce de ce court-métrage documentaire :

https://www.netflix.com/watch/81076501?trackId=14277282&tctx=0%2C0%2C59b16422-26ea-433d-a5e8-86d2cc3446e1-11824721%2C%2C%2C

Belle écoute à toutes et tous !

 

Cet article n’engage que son autrice.

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