Ruth Bader Ginsburg : une féministe à la Cour Suprême des Etats-Unis

Par Sylvia Roza Suchan

Qui est Ruth Bader Ginsburg ? Cette femme, aussi intéressante qu’importante dans la lutte pour les droits des femmes aux Etats-Unis, est devenue une véritable icône du féminisme et de la culture pop. Comment une juge de 86 ans, en fonction à la Cour Suprême des Etats-Unis, a-t-elle pu bouleverser autant le monde et inspirer d’autres femmes à devenir féministes ?

Sa carrière commence en 1956 à Harvard, où elle faisait alors partie des neuf femmes ayant reçu la permission d’y étudier (aux côtés de plus de 500 hommes…). Cependant, les conditions d’études pour les hommes et les femmes étaient bien différentes. Ces dernières n’avaient, par exemple, pas le droit d’entrer dans la bibliothèque universitaire : à l’époque il était mal vu de prendre une place qui aurait dû revenir à un homme.

Malgré ces difficultés, Ruth Bader Ginsburg est devenue une des meilleurs élèves à l’Université de Harvard. Au même moment, elle s’occupait de son enfant qui était né peu avant le début de ses études. Elle participait également aux cours de son mari qui était gravement malade, afin de lui transmettre les notes. Cela ne l’a pas empêché de finir ses études avec la meilleure moyenne de sa promotion. Elle est ainsi devenue la première femme à écrire des articles pour deux revues juridiques prestigieuses : Harvard Law Review et Columbia Law Review.

Malgré ses compétences, Bader Ginsburg eu beaucoup de difficultés à trouver un emploi après ses études. Après l’intervention d’un de ses professeurs, elle fut embauchée en tant qu’assistante de juge dans une Cour de Justice dans une commune de New-York. Elle avait postulé pour le même poste à la Cour Suprême des Etats-Unis, mais elle fut alors rejetée pour le simple motif qu’elle était une femme. En 1963, elle devient professeure à l’Université Rutgers et en 1972 à l’Université de Columbia. Elle devient alors la première femme professeure au sein de cette université. A l’époque, elle écrivait un manuel concernant la discrimination liée au sexe ; un sujet qu’elle ne connaissait que trop bien. En tant qu’une professeure elle ne pouvait pas gagner le même salaire que ses collègues hommes : elle fut informée que le salaire de son mari suffirait pour toute la famille.

En 1972 elle créa Le Projet des Droits des Femmes, une antenne de l’organisation Union Américaine pour les Libertés Civiles. Au sein de cette association, elle s’occupa de plusieurs cas liés à des discriminations sexuelles. Parmi les plus marquants se trouvent : Weinberger vs Wiesenfeld et Frontiero vs Richardson, où elle prouva que la discrimination contre les femmes engendre souvent de la discrimination envers les hommes ou encore Reed vs Reed, un cas gagné en faveur d’une femme à laquelle on avait refusé d’hériter d’un bien immobilier après la mort de son fils. Grâce à la qualité de ses discours et sa logique impeccable, Bader Ginsburg gagna très vite le respect de ses collègues, même des plus conservateurs.

En 1993 elle devient la deuxième femme juge dans la Cour Suprême (la première était Sandra Day O’Connor). Ayant souvent des opinions minoritaires, elle souhaite se faire entendre chaque fois qu’elle n’est pas d’accord avec ses collègues. Ses arguments, très bien écrits et détaillés, lui ont permis de gagner en popularité dans le milieu juridique mais pas seulement.

Aujourd’hui, Ruth Bader Ginsburg est connue pour sa forte opposition à la politique menée par le président des Etats-Unis, Donald Trump. Elle est devenue un contrepoids fort au sein d’une Cour Suprême dominée par des hommes conservateurs. Elle est également proactive en ce qui concerne le droit à l’avortement. Selon elle, les lois qui interdisent l’avortement sont surtout nocives pour les femmes provenant des milieux défavorisés.

En ces temps difficiles partout dans le monde, la vie et l’activité de Ruth Bader Ginsburg donne de l’espoir pour la libération des femmes. Elle est sans doute une des rares juges qu’on peut décrire comme rebelle dans sa bataille intransigeante pour l’égalité des sexes. Malgré une situation des femmes américaines très instable dans certains états américains, cette juge féministe à la Cour Suprême redonne à toutes et tous du courage et beaucoup d’inspiration.

 

Cet article n’engage que son autrice.

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