Par Zoë Vailler
Delphine Horvilleur est aujourd’hui une des quatre femmes rabbins en France, ce qui suscite autant de controverse que d’admiration. Cette femme qui s’élève contre l’antisémitisme tout en s’affirmant comme féministe a eu une trajectoire de vie riche qui nourrit toujours ses opinions et son travail.
Elle naît le 8 novembre 1974 à Nancy dans une famille dont les grands-parents maternels sont des survivants des camps de concentration. Elle est l’héritière d’une identité juive marquée par les études rabbiniques de son grand-père et de l’investissement communautaire de son père. Elle se dirige vers des études de médecine à Jérusalem où elle sera aussi mannequin, puis deviendra journaliste à Paris et à New York. C’est en 2008 qu’elle reçoit son ordre rabbinique et intègre le Mouvement Juif Libéral de France. Elle est nommée un an plus tard directrice de la rédaction de la revue de pensée juive Tenou’a et est à l’initiative d’ateliers mensuels d’analyse de textes religieux : les ateliers Tenou’a.
Si elle s’affirme dans son travail, le rabbinat n’a pas toujours été une vocation, bien qu’elle ait été baignée dans la tradition religieuse depuis son enfance. Manquant de modèle féminin auquel s’identifier, elle arrive néanmoins après toutes ces expériences à trouver sa voie en plaçant la religion au cœur de ses activités. Au-delà de son travail strict de rabbin, elle tient à remettre au coeur des ses propos la lutte contre l’antisémitisme mais également celle contre la misogynie.
Dans la lecture qu’elle fait des textes, Delphine Horvilleur tient à rappeler qu’il faut se détacher d’une interprétation figée et littérale. Elle propose de replacer le sens des textes selon les époques, et explique ainsi que la lecture de la place des femmes ne peut se cantonner à celle d’une place limitée et secondaire. Elle ne défend pas pour autant la présence de féminisme dans les textes, car elle soutient que ces textes sont le fruit du patriarcat. Cette place des femmes limitée a aussi été consacrée par l’Histoire, qui a conféré aux femmes un rôle en périphérie. Pourtant, les femmes ont aussi été au même titre que les hommes des actrices essentielles de l’Histoire – or on ne le découvre que depuis peu en lisant cette Histoire périphérique des femmes. Nous sommes donc les héritières de cette Histoire annexe et dont les voix sont enfin entendues.
Delphine Horvilleur, dans sa lecture de l’Histoire et de la religion, s’affirme comme féministe et juive, ce qui pour certains est un problème. La religion accorde une place aux femmes mais souvent une place précisément définie, et Delphine Horvilleur, en sortant de ces traditions de rôle fait donc face à des réticences encore nombreuses. On lui reproche son passé de mannequin ou un rabbinat destiné aux célébrités, tant d’éléments qui ont pour but de la discréditer. La remise en cause de sa légitimité est celle à laquelle se confrontent les femmes dans une société qui n’arrive pas encore à voir la possibilité pour elles de sortir des clichés et des préjugés bien ancrés.
Elle constate ainsi dans son dernier livre Réflexion sur la question antisémite, que les reproches qui sont faits aux femmes depuis des siècles, sont aussi ceux faits aux Juifs depuis autant de temps. La soif d’argent, l’hystérie, la place inférieure ou la dénomination de parasites de la société, sont autant d’éléments communs qui fondent les propos misogynes et antisémites.
Ainsi, Delphine Horvilleur s’émancipe des rôles classiques attribués aux femmes et aux lectures traditionnelles de la religion en affirmant que son identité de femme ne constitue pas son identité propre. Elle n’est pas qu’une femme et ne peut accepter les projections qui sont faites sur elle selon cette part de son identité. Elle milite donc pour une reconsidération de la place des femmes dans la société.
Points importants:
- Une des quatre femmes rabbins en France
- Elle lie les fondements de la misogynie et ceux de l’antisémitisme
- Relecture de la place des femmes dans l’Histoire
Cet article n’engage que son autrice
