Par Manel Mostefaoui
« Je dis aux hommes: violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ». Cette citation semble tirée d’un procès pour viol ou d’un discours de criminel. Or, elle a bien été prononcée ce mercredi 13 novembre 2019, aux alentours de 21h30, dans l’émission « La Grande confrontation » sur LCI. L’auteur de ces propos n’est autre que Alain Finkielkraut, « philosophe », écrivain et animateur de radio français.
De tels propos n’ont pas manqué d’éveiller des contestations. On peut citer l’association « #NousToutes » qui dénonce « une insulte à toutes les victimes de viol conjugal ». La prolifération de tels propos à la télévision française pose une question essentielle : pourquoi tolère-t-on, sur la scène médiatique, des propos qui s’inscrivent pleinement dans la culture du viol ? À titre de rappel, la culture du viol est définie comme un concept sociologique visant un « ensemble de comportements et attitudes partagées au sein d’une société donnée qui minimiseraient, normaliseraient voire encourageraient le viol ». Ici, on se trouve dans le degré le plus grave de la culture du viol : celui de l’encouragement à l’acte (« violez les femmes »).
La législation française, à l’article 24 du Code pénal, punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende » tout individu qui aura directement, par une provocation, encouragé à la commission des agressions sexuelles [y compris donc le viol], telles que définies par le code pénal. L’article 23 du même Code dispose que « seront punis comme complices d’une action qualifiée de crime ou délit ceux, qui soit par des discours (…) des écrits (…) auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet ». Le discours d’Alain Finkielkraut fait sans aucun doute l’apologie d’un crime, ces propos étant d’autant plus graves qu’ils émanent d’une personnalité médiatiquement exposée. La diffusion de telles idées sur LCI — deuxième chaîne d’information en continu en France — est donc révoltante.
Malheureusement, de tels propos incitant, encourageant ou faisant du viol un sujet « d’amusement » se multiplient. On peut citer, la « plaisanterie » faite par Jean-Marie Bigard en février 2019 dans l’émission « Touche pas à mon Poste » banalisant le viol. Plus récemment, nous avons entendu les débats portant sur le film « J’accuse » de Roman Polanski, dont certains entendent minimiser les accusations portées à son encontre (Nadine Morano : « Je déteste le tribunal médiatique. J’irai voir le film de Polanski car il m’intéresse » sur CNEWS, Emission « L’heure des Pros » du 13 novembre 2019).
De nombreuses associations appellent d’ores et déjà à signaler la séquence au CSA : toutefois, les condamnations en réponse à de tels propos demeurent incertaines. La culture du viol demeure aujourd’hui omniprésente non seulement dans les médias, mais également dans le débat public. Ce qui est certain c’est que les mobilisations à l’encontre de ce phénomène ne tarissent pas : ce samedi 23 novembre à 14 heures, place de l’Opéra à Paris, aura lieu une Marche #NousToutes, « pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles ».
Cet article n’engage que son autrice.
