La Coupe du monde de football féminin

La Coupe du monde de football féminin

Lucie Dumas Ferreira

La Coupe du monde de football féminin. C’est au mois de juin et, dites-moi si je me trompe, mais hormis si on s’intéresse un peu au foot ou si on s’intéresse aux femmes, peu de personnes sont au courant de cet évènement. Les médias en parlent très peu, en dehors des médias spécialisés bien sûr, et pourtant nos françaises ont de grandes chances de faire aussi bien que leurs confrères l’année dernière.

Les femmes de Corinne Diacre accomplissement de très belles choses depuis quelques années : en quarts de finale des Jeux Olympiques de Rio (2016), elles ont également terminé en quarts de finale lors des Championnats d’Europe de 2017 et en juin 2018 elles pointaient à la troisième place du classement Fifa, étant ainsi considérées comme appartenant à l’une des meilleures nations sur le plan mondial.

Bien que n’ayant encore jamais remporté un titre, les françaises auront à cœur d’aller chercher cette coupe ici, en s’imposant à la maison au mois de juin et juillet. La liste de Corinne Diacre a été divulguée ce jeudi 2 mai, il est donc peut-être temps de vous présenter l’une des meilleures joueuses françaises qui, tout en étant une magnifique représentatrice de son sport, est également l’une des meilleures joueuses françaises de son club et la potentielle future détentrice du record de but en équipe nationale : Eugénie Le Sommer.

Qui est-elle ?

Elle porte le numéro 9, c’est une petite femme (1,61 m) au talent aussi immense que son sourire, et est connue sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ELS9.

Née le 18 mai 1989 à Grasse, Eugénie Le Sommer montrait déjà une force de caractère qui lui servira plus tard sur les terrains. Sa mère ne voulant pas la laisser jouer au foot et préférant l’inscrire au judo, elle insiste, ne lâche pas, joue avec son ballon rond dans son jardin et au bout de six mois sa maman craque : elle commencera le foot à 4 ans ½.

Après avoir joué à l’AS Plumergat et à l’AS Guermeur, elle rejoint le FC Lorient à l’âge de 14 ans pour … rejoindre une équipe féminine qui venait d’être créée mais qui évoluait dans le championnat U15 garçons. Pour elle, ça a été une expérience enrichissante de jouer avec et contre des garçons : cela lui a permis d’évoluer plus vite pour ne pas se laisser dépasser.

La professionnalisation arrivant, elle rejoint le Stade briochin (En avant de Guingamp) en 2007 et elle connaitra avec celui-ci un début de carrière impressionnant pour la jeune femme qu’elle était alors. Lors de la saison 2009-2010, elle remporte le titre de meilleure buteuse du championnat de France (19 buts en 22 matchs). A noter qu’à seulement 20 ans, elle portait lors de cette saison le brassard de capitaine. Toujours en 2009, elle est convoquée pour la première fois par Bruno Bini en équipe de France pour participer au tournoi à Chypre afin de préparer la phase finale de l’Euro finlandais. Par la suite, elle jouera en 2011 la Coupe du Monde féminine en Allemagne, en prenant part à tous les matchs de l’équipe et en atteignant la demi-finale.

En 2010, elle rejoint le club de l’Olympique lyonnais, où elle joue toujours, et est considérée comme l’une des meilleures joueuses de l’équipe. Le palmarès de l’équipe féminine est impressionnant. Lors de sa première saison à l’OL, elle remporte non seulement le championnat de France et surtout la Ligue des champions (une première pour un club français féminin). En 2012, le club remporte une seconde fois le trophée, avec un premier but signé Le Sommer, qui remporte également le titre de meilleure buteuse de cette compétition (à égalité avec sa coéquipière Camille Abily). La même saison, le club réalise un triplé : Championnat de France, Coupe de France et Coupe d’Europe.

En 2018, elle marque un triplé en Coupe de France et devient ainsi la meilleure buteuse des Fenottes (surnom des lyonnaises) pour 226 buts, dépassant le record détenu jusqu’alors par Lotta Schelin (225 buts).

Depuis sa professionnalisation, elle a remporté avec l’OL :

  • 8 Championnat de France,
  • 6 Coupe de France,
  • 5 Ligue des champions.

En équipe de France, elle a été finaliste du Championnat d’Europe 2006 avec les U-19, avant de remporter avec l’équipe première le Tournoi de Chypre en 2012 et 2014, la SheBelieves Cup en 2017.

Personnellement, elle a été élue au Trophée UNFP de la meilleure joueuse en 2010 et 2015, meilleure joueuse F.F.F. du Championnat de France en 2017 et trois fois meilleure buteuse du même Championnat en 2010, 2012 et 2017.

Eugénie Le Sommer a aujourd’hui été sélectionnée 159 fois en Equipe nationale, elle y a marqué 74 buts et avec tout son talent, elle devrait rapidement augmenter ce nombre pour dépasser la détentrice actuelle du record de buts marqués en EDF : Marinette Pichon avec 81 buts.

La force de caractère, le mental et l’envie dont cette joueuse fait preuve sur un terrain de foot font que son palmarès aujourd’hui est non seulement impressionnant mais surtout il n’est pas encore rempli : de belles choses sont encore à venir pour elle, à même pas 30 ans.

La spécificité du football féminin

Contrairement au championnat masculin, il n’y a pas de réel championnat professionnel chez les féminines. En France seuls trois clubs sont professionnels : l’Olympique lyonnais, le Paris-Saint-Germain et Montpellier (l’équipe nationale est d’ailleurs composée en majorité de joueuses venant de ces clubs). Le Paris FC est quasiment professionnalisé mais dans les autres clubs, la majorité des joueuses sont amatrices et ne sont pas sous-contrat. Le Sommer le déplore dans une interview croisée avec Léo Dubois, joueur de l’OL, où elle explique « Chaque année, il y a plus de filles sous contrat, ça pourrait aller plus vite », mais pour elle cela passe par les droits TV. Bonne nouvelle, Canal a racheté les droits et tous les matchs sont diffusés, permettant ainsi aux clubs de toucher un peu d’argent et l’effet papillon devrait faire en sorte que les contrats de professionnalisation féminine se développent dans les années à venir.

En 2018, pour la première fois a été remis un Ballon d’Or pour les féminines. Le Sommer n’était pas nommée, mais c’est sa coéquipière et amie, la Norvégienne Ada Hegerberg qui l’a remporté (si vous ne vivez pas au fond d’une grotte, vous aurez entendu parler de la demande particulière de Martin Solveig à la joueuse ce soir-là – sic). Cela montre un peu que le foot féminin est de plus en plus visible, de plus en plus reconnu, de bon augure pour la suite.

En ce qui concerne l’OL, beaucoup de choses sont et peuvent être reprochées à Jean-Michel Aulas sur sa manière de gérer son club, mais jamais il ne sera possible de lui reprocher de faire tout ce qu’il peut pour son équipe féminine et pour le football féminin en général.

En effet, Lyon est l’un des seuls, voire le seul, club à avoir un centre de formation féminin. Son fonctionnement a beau être différent de celui des masculins, il reste que ce n’est pas moins le début de quelque chose. Les féminines, quelles soient lyonnaises ou venant de l’équipe nationale, ont de très belles qualités, qui sont mises en avant par le Président Aulas, fier de son équipe et de ses joueuses, et qui sont en passe d’être de plus en plus développées.

Pour rester sur le président du club lyonnais, il compose maintenant depuis des années avec les caractères des masculins, entre orgueil, prétention et caprices de stars, mais ne semble jamais avoir à dire quelque chose de négatif à propos de ses féminines. Il sous-entend même dans l’une de ses allocutions après la victoire de Ana Hegerberg pour le Ballon d’or 2018, que les filles ont plus cet esprit d’équipe que les hommes : « C’est une joue immense. D’une part parce qu’Ada est une excellente joueuse. D’autre part car c’est une fille formidable qui est le symbole d’une génération qui s’entend bien. Toutes nos meilleures joueuses étaient nommées, mais elles étaient toutes très heureuses que ça soit Ada qui l’emporte. Ce qui n’arrive pas chez les garçons. C’est un honneur collectif. »

L’autre chose qui entraine discussion est le montant des salaires. Evoquons les chiffres rapidement : du fait de l’absence de réel cadre en D1 féminine, il y a des écarts de salaires importants entre les joueuses elle-même : le salaire moyen d’une joueuse est de 2500 euros mensuels. Cependant les joueuses, notamment de l’OL peuvent toucher bien plus que ça, faisant que si elles n’entrent pas dans le calcul, le salaire moyen passe de 2500 euros à 1945 euros. Sans le PSG et l’OL, il est de 1800 euros. Bien entendu tout cela est également lié à ce qui a été dit plus tôt, à savoir le manque de reconnaissance du football féminin et le récent achat des droits télé.

Les chiffres s’envolent cependant quand on place les salaires masculins dans le débat. A l’OL, les deux meilleures attaquantes, Ana Hegerberg et Eugénie Le Sommer, touchent respectivement 400 000 euros et 230 000 euros annuels pour la saison 2018-2019. En moyenne chez les masculins lyonnais, pour la même saison, le salaire est de 150 000 euros bruts … par mois (chiffres l’Equipe). Si on compare les salaires de Le Sommer (blessée quelques temps) ou de Hegerberg qui, respectivement ont joué : 15 matchs pour 13 buts et 18 matchs pour 19 buts, au salaire de Menphis Depay, star lyonnaise, qui touche 4,2 millions d’euros brut à l’année et qui a joué 31 matchs et mis 7 buts, on en viendrait presque à se demander s’il ne faudrait pas instaurer une rémunération au mérite. Beaucoup arrêteraient peut-être de regarder si leurs mèches sont joliment plaquées sur leur crâne et se concentreraient plus sur l’endroit où ils mettent leurs pieds et leur ballon.

De fait, je ne vois que du positif au développement du football féminin : on peut être une femme, aimer le ballon rond, être douée individuellement, ne pas faire de caprices et préférer démontrer à la place des valeurs de collectif, ce qui est la base, me semble-t-il, du football.

Les apports d’Eugénie Le Sommer au football féminin

 

Le football féminin s’étant développé en même temps que sa carrière, Eugénie Le Sommer a à cœur de permettre aux jeunes filles qui veulent jouer, qui ambitionnent peut-être de devenir pro, de participer à des stages avec elle comme coach.

Sur deux jours, souvent pendant les vacances, la joueuse encadre et permet aux jeunes filles entre 7 et 14 ans de réaliser un rêve qu’elle aurait voulu accomplir à leur âge : « participer à un stage organisé par un joueur professionnel ». Accessible, souriante mais déterminée, il est clair que ces jeunes filles ont une professeure digne des plus grands, qui envisage peut-être aussi son après carrière.

Très active sur les réseaux sociaux, de plus en plus mise en avant par les médias et les sponsors, elle participe au développement de la visibilité du football féminin et essaie de promouvoir les valeurs de son sport pour montrer que non, le foot n’est pas qu’un sport de mecs et que les filles peuvent être tout aussi douées, voire plus.

Elle est un exemple pour de nombreuses jeunes filles et explique à propos de son brassard de capitaine – elle l’est en sélection et vice-capitaine en club, quand Wendy Renard ne joue pas – « il faut montrer l’exemple. Sur le terrain, tu dois être irréprochable, tout donner, ne pas tricher. »

Lors de sa discussion avec Léo Dubois, dans l’interview croisée, il est sous-entendu par Dubois que, quand bien même ce ne soit pas le but premier d’Eugénie, le Ballon d’Or, elle mériterait de l’avoir prochainement. Ce à quoi la joueuse répond que ça serait peut-être une démonstration de sa progression actuelle (dont elle n’a clairement pas à rougir), une suite logique. Cependant pour Le Sommer, ce qui compte c’est de travailler, de progresser, d’obtenir des titres, en club et en équipe nationale, et d’aller le plus loin possible. Un exemple vous disais-je.

Donc, si Eugénie Le Sommer et ses consœurs travaillent tous les jours pour le rayonnement du football féminin en France, en Europe et dans le monde, les choses ne sont pas entièrement acquises. Si elles n’ont pas la même mentalité que les masculins – est-ce un mal d’ailleurs ? – elles sont bien moins mises en avant, font peut-être moins de scandales dans les médias ou sur les réseaux sociaux, et pourtant elles mériteraient plus de reconnaissances. Non pas parce que ce sont des femmes. Seulement parce qu’elles sont douées et qu’elles font énormément pour leur sport et pour LE sport dans sa généralité.

Alors si vous ne savez pas quoi faire cet été et que vous voulez regarder du foot, constater un jeu sans larmes imaginaires, contempler l’ambition, la détermination, l’envie féminines, allumez votre télé entre le 7 juin et le 7 juillet 2019, installez-vous et admirez les joueuses de l’Equipe de France et Eugénie Le Sommer aller droit au but : gagner. #DareToShine et Allez les Bleues !

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