Les femmes afghanes, une répression ciblée de l’accès aux médias

Par Eva Foliguet

Dans la province de Khost, une directive publiée par le quartier général de la police afghane vient d’interdire aux femmes de se connecter aux médias avec leur téléphone portable. La justification : le potentiel de  propagation de l’immoralité, selon Abdul Rashid Omari, le chef de la sécurité régionale. Les femmes de cette région du sud-est de l’Afghanistan se retrouvent donc complètement déconnectées du reste du monde.

Une situation déjà plus que préoccupante

Cette mesure fait l’effet d’une détonation et rappelle à quel point la situation est préoccupante concernant les droits des Femmes et des Filles, lentement écartées de la société afghane depuis l’arrivée au pouvoir des talibans à Kaboul le 15  août 2021. Sima Bahous, la Directrice exécutive d’ONU Femmes, avait déclaré le 15 août 2022 que « des décennies de progrès en matière d’égalité des sexes et de droits des femmes ont été balayées en seulement quelques mois ». 

Depuis deux ans, les talibans ont multiplié les mesures répressives :  

  • Les services aidant les victimes de violences sexistes ont été largement démantelés  
  • Le ministère des affaires féminines a été supprimé, excluant les femmes et la question de leurs droits de la vie politique du pays 
  • Il est interdit aux femmes de parcourir de longues distances sans un chaperon masculin, de se rendre dans un parc ou dans un lieu public  
  • Il est interdit aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de la 6e, ce qui les oblige à quitter l’école à 12 ans 
  • Il est interdit aux femmes d’occuper la plupart des emplois situés à l’extérieur de leur domicile  
  • Les femmes sont exclues des compétitions sportives 

La fondatrice et présidente de l’association Afghanistan libre constate qu’il « ne reste rien dans ce pays meurtri, pire endroit au monde pour les femmes. Elles sont 28 millions à être emmurées vivantes ». Les femmes ne peuvent pas fuir : elles n’ont ni passeport ni moyens financiers. Les rares militantes qui n’ont pas déserté la place publique se font presque systématiquement arrêter, envoyer en prison et torturer.

« Il ne reste rien dans ce pays meurtri, pire endroit au monde pour les femmes. Elles sont 28 millions à être emmurées vivantes »

Un effacement croissant  des femmes de la vie publique 

Pour perpétuer cette répression, le pouvoir en place promulgue de nombreux décrets,  intégrés de manière rapide et efficace dans le système. Depuis août 2021, plus de 50 décrets ont directement restreint les droits et la dignité des femmes. Un  rapport « multi-agences » des Nations Unies de mi-février explique que ces mesures renforcent la crainte des femmes afghanes, appréhendant l’arrestation, la punition ou le harcèlement en découlant.  

Plus récemment, la répression afghane cible spécifiquement l’accès des femmes aux médias. Après l’interdiction aux femmes de se connecter aux médias avec leur téléphone portable dans la province de Khost, les médias afghans ont été avertis d’une possible interdiction totale des femmes journalistes. Ce 27 février, le ministre taliban « de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice » a expliqué qu’une telle décision serait prise si ces dernières n’adoptaient  pas « un code vestimentaire strict ». Le 4 mars 2024, une mesure finale achève ce crescendo de violences: l’interdiction totale pour les femmes de détenir des téléphones portables. 

Une fois de plus, ces mesures drastiques sont justifiées par des accusations de corruption morale violant la loi islamique. Les radios locales visées sont accusées de corrompre les esprits des femmes et filles. Le pouvoir militaire en place vise les médias indépendants, dernier chemin d’accès des femmes afghanes au monde extérieur. Le pluralisme des médias n’est plus du tout assuré, et la liberté  d’expression n’est qu’une ancienne réalité. 

Une «discrimination systématique équivalant à un vertiable apartheid de genre»

La campagne de persécution envers les femmes pourrait constituer un crime contre l’humanité, pour Amnesty international, alors que Mme Zubaida Akbar, membre de l’organisation « Freedom now », dénonce la mise en place d’un « apartheid sexuel ». Cette dernière considère que « par plus de 40 décrets, les Taliban ont cherché non seulement à effacer les femmes de la vie publique, mais à éteindre notre humanité fondamentale ».

Les femmes et les filles n’ont plus accès aux lieux publics ni à l’espace politique, et sont désormais coupées des médias. Il ne reste plus que l’action et l’aide extérieure, urgemment nécessaire aujourd’hui.  

La directrice d’ONU Femmes le rappelle : « Nous devons continuer à agir ensemble, uni.e.s dans notre insistance à obtenir des garanties en matière de respect de l’ensemble des droits des femmes, y compris à l’éducation, au travail et à la participation à la vie publique et politique. Nous devons poursuivre nos appels collectifs et continus pour que le leadership des Taliban respecte pleinement les obligations contraignantes découlant des traités internationaux auxquels l’Afghanistan est partie. Et nous devons continuer à faire entendre les voix des femmes et des filles afghanes qui se battent tous les jours pour leur droit de vivre une vie caractérisée par la liberté et l’égalité. Leur combat est notre combat. Ce qui arrive aux femmes et aux filles en Afghanistan relève de notre responsabilité à toutes et tous. » 

« Nous devons continuer à faire entendre les voix des femmes et des filles afghanes qui se battent tous les jours pour leur droit de vivre une vie caractérisée par la liberté et l’égalité. Leur combat est notre combat. Ce qui arrive aux femmes et aux filles en Afghanistan relève de notre responsabilité à toutes et tous »

Sources : ONU Femmes, Le point, Reporters sans frontières  

Cet article n’engage que son autrice.

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