Sévérine

Par Philippine Ganne

Caroline Rémy, dite Séverine, naît en 1855 à Paris dans une famille bourgeoise par qui elle est élevée «sévèrement en demoiselle de bonne famille» selon ses mots. Elle est mariée à 17 ans mais fuit vite la brutalité de son époux avant d’épouser Adrien Guérard.

En 1879, une rencontre va marquer sa vie. Il s’agit de Jules Vallès, journaliste et homme politique français d’extrême gauche exilé après la Commune. Revenu à Paris, il initie la jeune femme à l’édition et au journalisme. Soutenus financièrement par Guérard, ils relancent ensemble en 1883 le quotidien Le cri du peuple.

Lorsque son ami et mentor décède deux ans plus tard, Séverine poursuit son combat pour la justice et l’équité. Elle devient alors la première directrice de quotidien en France.

Alors que les femmes sont majoritairement cantonnées à des posts de rédaction de chroniques futiles, Severine pratique le journalisme d’investigation. Elle n’hésite pas notamment à enfiler un costume de mineur pour se rendre dans la mine où sont décédés cent hommes dans un coup de grisou à Saint-Etienne.

La journaliste finit par quitter en 1887 Le Cri du peuple, n’y ayant pas trouvé une complète liberté de parole, mais elle continue à écrire- partout où sa plume politiquement engagée n’est pas censurée.

En 1897, elle fonde avec Marguerite Durand le quotidien La Fronde dont l’équipe est exclusivement féminine, prouvant ainsi que les femmes peuvent réussir dans le monde très masculin du journalisme.

Séverine y défend le progrès social, l’éducation mixte, l’égal accès à toute profession et elle est aussi l’une des premières à se battre pour le droit à l’avortement.

«Journalistes, nous sommes pareils aux feuilles des arbres que le printemps voit naître et que l’hiver voit expirer… De quelle importance est cela si nous avons donné notre parcelle d’ombre, de fraîcheur et d’abri.»

Elle s’éteint en 1929, laissant derrière elle les fruits d’un combat féministe et libertaire par lequel elle s’est imposée comme une figure marquante du journalisme français.

Séverine repose aujourd’hui dans une tombe de granit rose au cimetière de Pierrefonds sur laquelle sont gravés ses mots : «J’ai toujours lutté pour la paix, la justice et la fraternité».

Cet article n’engage que son autrice

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