Par Camille Bouchat
Retour à l’année 1963 en France, une époque où l’avortement est une pratique illégale.
Anne, jeune étudiante brillante, suit des études de lettres à l’université pour s’affranchir du milieu populaire dont elle est issue et réaliser son rêve : l’écriture. Mais son existence est bouleversée par la découverte d’une grossesse non désirée. Sa réaction est immédiate : elle avortera. Mais comment faire ?
L’évènement est un film dramatique français réalisé par Audrey Diwan, écrivaine, journaliste, scénariste et réalisatrice engagée pour les droits des femmes. Sorti en novembre 2021, il est l’adaptation du romain éponyme et autobiographique de l’écrivaine Annie Ernaux. Le film a remporté le Lion d’or à la 78ème édition de la Mostra de Venise.
L’évènement parle de la condition féminine et de la condition sexuelle des femmes dans la France des années 1960, dans une société rigide et patriarcale qui condamne fermement le désir des femmes. En vertu de la loi de 1920, toute pratique et information sur la contraception et l’avortement y étaient interdites et punies par la prison. Les médecins et professionnels de santé encouraient en plus l’interdiction d’exercer.
Le film retrace le chemin d’une femme décidant d’agir contre la loi, histoire poignante d’un parcours du combattant pour pouvoir jouir du droit à disposer de son corps de son avenir. Audrey Diwan nous parle d’une jeunesse en quête de liberté. La réalisation hyperréaliste du film amène à se mettre dans la peau d’Anne, interprétée par Anamaria Vartolomei, pour vivre sa détresse, sa peur. Peur des gestes auxquels il faudra procéder pour avorter clandestinement, seule face à la douleur et aux complications potentielles. Mais aussi peur sociale d’être démasquée par sa famille et ses amis, dans un contexte où l’avortement, entouré de tabous, est une honte et un synonyme d’échec social.
Audrey Diwan utilise le silence comme une matière significative : comment faire avancer une question quand on a même pas le droit d’en parler ? L’indifférence du père de l’enfant, l’impossibilité de se confier à ses proches, les visites médicales auprès de docteurs hostiles à l’avortement, la neutralité de la faiseuse d’anges, nous font comprendre la solitude, la culpabilité et le traumatisme qu’implique l’avortement à cette époque.
Récit personnel mais aussi universel, L’évènement nous rappelle une époque pas si anodine et lointaine en France. En 1956, certaines statistiques évaluaient à 800.000 le nombre d’avortements clandestins, et à plus de 10.000 le nombre de morts par suite de complications. Terriblement d’actualité, le film nous rappelle aussi que l’avortement n’est pas un droit universellement acquis, et que des milliers de femmes à travers le monde vivent tous les jours ce parcours de souffrance et luttent pour disposer de leur corps.
Lien de la bande d’annonce :
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