Par Johanna Mazzerbo
Britney Vs Spears est un documentaire Netflix qui retrace le parcours poignant et inspirant de l’icône de la pop Britney Spears dans sa lutte laborieuse contre sa mise sous tutelle par son propre père : Britney Spears Vs Jamie Spears.
Britney a débuté sa carrière de chanteuse à 16 ans en 1998 avec son single Baby One More Time : plus de 10 millions d’exemplaires de l’album sont vendus aux Etats-Unis. Ses premiers hits font encore décoller l’ambiance en soirée karaoké 20 ans plus tard ! Six ans après son premier tube, elle devient l’une des chanteuses aux disques les plus vendus au monde. Cette reconnaissance mondiale l’a inévitablement dotée d’une certaine puissance — sur le plan financier comme sur le plan moral et psychologique. Pourtant, 13 ans de sa vie ont été contrôlées par son père, et un réseau de médecins, d’avocats et de managers.
Alors que Britney traversait un divorce difficile qui s’est envenimé en 2007, celui-ci était largement médiatisé, la chanteuse était poursuivie sans relâche par les paparazzi. En 2007, son album Blackout se veut être une mise en musique de sa vie : elle se représente comme une femme traquée, par les caméras, par la presse. Alors que le poids de la pression médiatique l’écrasait, ce qui était en fait de l’épuisement physique et moral a été dépeint comme de la folie. Elle a très rapidement perdu le contrôle de son image et a été présentée comme une malade mentale par les médias. Alors que Britney s’est retrouvée face ce miroir déformant, sa santé mentale s’est détériorée, et elle est devenue plus vulnérable.
Son père a lancé une pétition à la Cour des Successions de l’Etat de la Californie, et a obtenu un nombre signatures suffisant pour mettre sa fille Britney sous sa tutelle. Cette décision, que Britney n’a pas pu contester, fut celle de son père, qui disait vouloir la protéger, et l’aider à guérir de la démence qui lui avait diagnostiquée par un médecin, contact de Jamie Spears. C’est alors que le cauchemar a commencé : Britney a été privée de ses droits et exploitée par son propre père et un réseau de professionnels que Jamie Spears payait grassement grâce aux ventes de billets de concerts qui généraient des dizaines de millions de dollars (40 millions de dollars de ventes de billets pour son Circus Tour en 2009). Officiellement, une mise sous tutelle est un procédé qui implique le retrait du pouvoir de décision d’une personne en confiant celui-ci à un tiers. Ce dernier gagne également le contrôle sur les soins et traitements de la personne, sur ses fréquentations et sa communication avec elles, et sur ses finances. Elle devait notamment demander la permission à son père pour sortir, puis attendre 20 minutes avant d’obtenir une réponse, ainsi que pour demander de l’argent pour acheter des livres à ses enfants, puis attendre quelques jours avant d’avoir un retour : Britney avait perdu toute son indépendance. On parle parfois de “mort civile”. Somme toute, à 27 ans, Britney Spears était revenue sous l’autorité de son père (sa mère n’a pas eu de pouvoir dans le démantèlement de l’affaire, bien qu’elle fût très proche de sa fille).
Mais cette mise sous tutelle légitimée par la détérioration de la santé mentale de la chanteuse a précisément alimenté cette détérioration. L’épuisement psychologique de la chanteuse est devenu physique : lorsqu’elle exprimait sa réticence face à certaines tournées mondiales, son père la menaçait de lui retirer la garde de ses enfants. Britney s’est tuée à la tâche sous la peur et les ultimatums. En 2013, son père avait demandé un renforcement des clauses de la tutelle afin que celle-ci devienne permanente. Malgré ces circonstances, elle a continué de cartonner à travers le monde, mais elle n’a pas pu goûter les fruits de son succès : son père se contentait de lui verser une allocation de 8000$ par mois, alors même que la chanteuse lui rapportait plusieurs dizaines de millions de dollars. N’ayant pas même le droit de choisir son avocat — celui-ci avait été choisi et payé par son père, et avait donc agi dans l’intérêt de ce dernier — elle n’était pas en capacité de se défendre : elle a essayé de signer des dérogations en cachette à plusieurs reprises mais il a fallu qu’elle attende juillet 2021 pour désigner son représentant. C’est alors qu’elle s’est insurgée et a levé la voix pour la première fois en relevant le non-sens de sa mise sous tutelle, non-sens qui avait été fortement soulevé par ses fans qui ont rendu populaire le hashtag “#FreeBritney” : comment une femme atteinte de démence — habituellement diagnostiquée chez les personnes âges qui plus est — peut-elle écrire des chansons, créer des albums, choisir ses costumes, mettre en scène ses spectacles, et en somme, travailler autant ? Sur le plan légal, pourquoi est-ce qu’une femme atteinte d’une maladie mentale est-elle encore non seulement autorisée mais poussée à travailler ?
Cette expérience a été non seulement aliénante pour elle, puisqu’elle a été isolée et coupée du monde et de ses proches par son père, mais aussi extrêmement infantilisante et humiliante. Elle est revenue sur cet épisode traumatisant de sa vie en soulignant l’injustice dont elle a été victime, qu’il s’agisse de la pression médiatique q’elle a reçue ou de la négligence de la justice américaine, dans son discours prononcé lors du procès contre son père en juin 2021 : elle s’est libérée de sa tutelle le 12 novembre 2021 dernier.
Une victoire que la Pop Queen et ses fans n’ont pas manqué de célébrer !
Cet article n’engage que son autrice.
