Par Sarah Schaetzel
Marielle Franco, ou Marielle Francisco Da Silva, femme noire, bisexuelle et enfant de la favela, nait le 27 juillet 1979 à Rio de Janeiro au Brésil. A 38 ans, elle meurt, assassinée par balles le 14 mars 2018. Son décès provoque de grandes vagues d’indignation et des centaines de personnes prennent la rue au Brésil.
Marielle Franco grandit dans la favela de la Maré, une des favelas les plus violentes de l’Etat de Rio de Janeiro. Une de ses amies d’enfance meurt d’une balle perdue lors d’affrontements entre policiers et trafiquants de drogue dans sa favela, cet événement marque un tournant dans sa vie : elle se consacrera à la défense des droits humains.
Elle suit les cours de préparation communautaire gratuits du Centre d’action solidaire de la Maré, qui a pour objet de préparer des jeunes de la favela à l’examen d’entrée à l’université. Elle obtient ensuite, à 23 ans, une bourse pour intégrer une des universités les plus prestigieuses du Brésil, l’Université Pontificale Catholique de Rio de Janeiro. Elle y étudie les sciences sociales. Là, elle est une des deux seules étudiantes noires. En parallèle, elle occupe un emploi et élève sa fille qu’elle a eu précocement, à l’âge de 19 ans. Plus tard, elle obtiendra une maîtrise d’administration publique.
En 2006, elle rejoint le PSOL, le Parti socialisme et liberté. Marcelo Freixo, élu député à l’Assemblée législative de l’État de Rio de Janeiro, la nomme assistante parlementaire. A cette occasion, elle coordonne la Commission pour la défense des droits de l’homme et de la citoyenneté de l’Assemblée législative.
10 ans plus tard, elle se porte candidate aux élections municipales de Rio de Janeiro. Elle obtient le cinquième meilleur suffrage sur 1500 candidats : elle se hisse ainsi au poste de conseillère municipale à 37 ans. Elle est alors la seule femme noire à siéger à ce conseil qui est composé de 51 sièges. Son poste lui donne plus de visibilité : elle dénonce publiquement les violences policières et défend les droits des habitants de favelas, des personnes noires et LGBTQ+, ainsi que des femmes. Parmi ses propositions et projets de lois, on compte notamment la garantie d’accès à l’avortement en cas de viol.
En février 2018, le président Temer place la sécurité publique de Rio de Janeiro sous le contrôle de l’armée fédérale. Cette décision anti-constitutionnelle sera vivement critiquée par Marielle Franco, d’autant plus que selon elle, une telle décision ne touche pas aux causes profonde de la violence à Rio.
Le 14 mars, jour de son décès, elle participe à une table ronde sur l’empowerment des femmes noires et prononce ces mots : « Nous devons occuper chaque endroit avec nos corps ».
Par son parcours, ses engagements et surtout sa voix, Marielle Franco est une femme inspirante.
Cet article n’engage que son autrice.
