Waris Dirie, survivante, résiliente et combattive

Par Léna Boron

L’histoire de Warris Dirie n’est pas l’histoire d’un drame, qui touche plus de 200 millions de filles et de femmes en vie aujourd’hui, mais celle d’un combat : un combat contre les mutilations génitales féminines.

            En 1970, alors que Waris Dirie n’a que 5 ans, elle subi le poids de la tradition de son pays, la Somalie : l’excision. Cette pratique est aujourd’hui encore présente dans 31 pays répartis sur trois continents, majoritairement en Afrique et au Moyen-Orient. Elle consiste en l’ablation totale ou partielle du clitoris, voire des grandes et des petites lèvres. L’excision, ne touchant par définition que les femmes, est une manifestation tant cruelle que parlante de la discrimination envers les femmes et de la domination masculine. Elle a pour objet de préserver la virginité des femmes et permet d’asservir la sexualité des filles. Elle est parfois même un prérequis au mariage ou à la succession, ou un rite de passage pour les filles.

            Les filles ou femmes victimes de l’excision n’en souffrent pas uniquement au moment de l’acte lui-même mais également tout au long de leur vie : les conséquences sur le long terme entrainent bien souvent complications, douleurs lors des relations sexuelles, de l’accouchement, etc, voire peuvent entrainer la mort.

            Waris Dirie ne connaissait pas les douleurs causées par la mutilation lorsqu’elle l’a réclamée à sa mère, enfant, apprenant que l’on mangeait bien la veille du rituel. Elle ne savait pas qu’une femme sortirait de son sac une lame de rasoir pour couper une partie de son sexe, et qu’elle en souffrirait pour le reste de sa vie. Elle était alors enfant d’une famille nombreuse d’un camp nomade, gardienne de chèvre, et souhaitait seulement faire comme les autres et profiter d’un bon repas. Plus tard, à treize ans seulement, son père prépare la suite de sa vie, toujours sous le poids des traditions : un mariage à un homme de plus de soixante-dix ans, contre quatre chameaux.

            Mais Waris Dirie, cette fois, refuse de se soumettre. Soutenue par sa mère (qui lui dira “Pars et trouve ton bonheur”), elle fuit son pays et rejoint Londres, avec sa tante et sa soeur. Ses espoirs sont toutefois vite déchus : elle devient, dans la famille de sa tante et son oncle, une esclave domestique. Lorsque le couple doit rentrer en Somalie, Waris Dirie relève un nouveau défi : celui de rester en Angleterre, alors qu’elle est seule, sans papier et ne parle pas la langue. Elle parvient malgré ce à être embauchée à McDonalds, et c’est là, de manière inattendue, que sa carrière prendra son envol. Elle est en effet repérée par un célèbre photographe, avec lequel elle quitte Londres pour New York. Sa carrière de mannequin débute, elle devient même la première mannequin africaine à décrocher un contrat exclusif avec Revlon Cosmétiques. Désormais connue du grand public, elle obtient un rôle principal dans James Bond en 1987.

            En 1997, elle décide de raconter son périple, sa vie, entre excision, tentative de mariage forcé et fuite vers l’Angleterre. Elle publie l’autobiographie Fleur du désert, dont le succès sera immense. Courageuse, combattante, elle prend la parole sur ce sujet intime et douloureux, et autorise en 2008 l’adaptation au cinéma de ce dur récit de vie.

            Pour sa force et son combat dès lors acharné pour alarmer des mutilations génitales féminines à travers le monde, Waris Dirie se voit attribuer de nombreux prix et titres : elle est nommée ambassadrice de bonne volonté dans la lutte contre la mutilation génitale féminine par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, Chevalier de la légion d’honneur par Nicolas Sarkozy alors président, reçoit le prix du Monde des Femmes, le prix Femme du Monde…

            En 2003, elle va même jusqu’à créer une fondation spécifiquement dédiée à la lutte contre les mutilations génitales, la fondation Desert Flower Fondation, axant son travail sur l’éducation, la prévention et la réparation des dommages.

            Toujours engagée, elle a publié son dernier livre en 2013, Saving Safa : Rescuing a Little Girl from FGM (MGF en français : mutilations génitales féminines). Elle continue d’agir pour sensibiliser sur ces violations graves des droits humains. Mère de deux enfants, elle rappelle aussi à quel point il est essentiel d’éduquer les garçons et qu’il faut se battre pour l’égalité et les droits des femmes, non seulement en Afrique mais aussi partout dans le monde.

            Le 21 novembre 2021, sur instagram, l’admirable Waris Dirie faisait un bilan de l’impact de sa fondation : 1500 filles ont été sauvées de mutilations génitales féminines.

            Le combat n’est pas encore gagné et le chemin reste long, mais les tabous se lèvent et l’espoir nait d’un monde sans mutilations.

Cet article n’engage que son autrice.

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