Documentaire ARTE #SalePute, de Florence Hainaut et Myriam Leroy

Par Zora Charpentier

Les deux réalisatrices partent d’un constat : loin d’être un phénomène isolé, le cyberharcèlement touche en majorité les femmes.

Dans ce documentaire, une dizaine de femmes témoignent (dont la chroniqueuse de 28 minutes Nadia Daam, l’humoriste Florence Mendez ou encore l’auteure Pauline Harmange). Des spécialistes de la question décryptent les dimensions sociologiques, juridiques et sociales de ce phénomène.

Selon European Women’s Lobby en 2017, les femmes sont 27 fois plus susceptibles que les hommes d’être harcelées via Internet et les réseaux sociaux. Le cyberharcèlement envers les femmes n’est pas une somme d’actes isolés, il s’agit bel et bien d’un phénomène plus global et systémique.

On a tendance à caractériser les caïds d’Internet en marginaux psychotiques, on en fait des monstres, mais en réalité, contrairement aux idées reçues, plusieurs études sociologiques montrent que ces cyberharceleurs appartiendraient à des milieux sociaux plutôt favorisés, se sentant protégés par le caractère virtuel/anonyme de leurs actions. La voix off du documentaire indique que : « Ce ne sont pas des dingues, ce ne sont pas des idiots, ils ne sont pas des anomalies du système. Ils sont le système. »

Une pratique dévoilée par le reportage est le harcèlement en meute, aux conséquences personnelles comme professionnelles terribles pour celles qui en sont victimes. La journaliste et autrice Lauren Bastide indique qu’elle a perdu son émission sur France Inter à cause de cela.

Lorsque ces-dernières portent plainte, elles obtiennent rarement justice puisqu’elles font face à une administration peu formée sur le sujet, à une législation inadaptée et à une jurisprudence presque inexistante. Les plates-formes numériques qui sont encore trop peu régulées, ne « luttent » pas suffisamment contre le harcèlement.

Anna-Lena von Hodenberg, directrice d’une association allemande d’aide aux victimes de cyberharcèlement, indique que le phénomène est une menace directe à la démocratie : « Si nous continuons de tolérer que beaucoup de voix se fassent écarter de cet espace public et disparaissent, alors nous n’aurons plus de débat démocratique, il ne restera plus que les gens qui crient le plus fort ».

Cet article n’engage que son autrice.

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