Jeanne Deroin, militante pour lesdroits politiques des femmes,celle qui osait

Par Léna Boron

Le 12 avril 1849, on pouvait lire dans le quotidien Le Peuple « Un fait très grave et sur lequel il nous est impossible de garder le silence, s’est passé à un récent banquet socialiste. Une femme a sérieusement posé sa candidature à l’Assemblée Nationale ». Cette femme, c’est Jeanne Deroin, militante féministe affirmée, qui fut la première femme à se présenter – sans succès, les femmes étant alors non seulement dépourvue du droit de vote, mais aussi de celui d’être élues – à des élections législatives en France.

Née en 1805 dans une famille modeste, Jeanne Deroin s’engage tôt dans les mouvements féministes et égalitaires. Elle adhère à la religion saint-simonienne, qui dénonce l’exploitation des femmes dans la société et voit en elles des actrices majeures d’un avenir radieux, soutenant qu’elles ne devraient être exclues d’aucunes fonctions, qu’il s’agisse de la médecine ou encore de l’enseignement. Lors de sa profession de foi en 1931, elle affirme « La femme est l’égale de l’homme, son affranchissement ne sera pas une concession, mais la reconnaissance d’un droit légitime, c’est un acte dont l’accomplissement contribuera puissamment au bonheur de l’humanité. »

C’est durant la révolution de 1948 que Jeanne Deroin se fera davantage connaitre. Elle s’inscrit non seulement dans le mouvement de lutte pour l’égalité sociale et particulièrement pour les droits des ouvrières, qu’elle surnomme « les femmes de 1848 », mais également pour les droits politiques des femmes. Elle dénonce le suffrage « universel » qui exclue en réalité les femmes et en appelle à une réalisation concrète de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Elle-même institutrice, elle est convaincue que l’égalité passe par l’éducation sans distinction de sexe ou de classe sociale et soutient l’Association des instituteurs, institutrices et professeurs socialistes, qui encourage l’éducation pour tous et toutes. Dans le même temps, elle devient rédactrice dans La Voix des femmes, et écrit le 27 mars 1848 « On a proclamé la liberté, l’égalité et la fraternité pour tous. Pourquoi ne laisserait-on aux femmes que des devoirs à remplir sans leur donner les droits des citoyennes ? ». Mais l’opinion publique n’étant que peu intéressée par les revendications des femmes, les journaux féministes sont souvent éphémères, fautes de lecteurs, et dès juin 1948, les journaux féministes ont déjà disparu. Mais Jeanne Deroin, militante, refuse de voir là un frein à l’expression de ses opinions. Femme que rien n’arrête, elle fonde, aux cotés de Désirée Gay, le journal La Politique des femmes, qui sera rebaptisé L’Opinion des femmes, le premier étant alors considéré trop subversif. Ce journal devient alors la principale source de discours féministe de la période.

Pionnière, elle fait le lien entre les différents types de privilèges, et donc les différentes sources d’exclusion, et s’intéresse à ce que l’on appelle aujourd’hui l’intersectionnalité. Elle intègre les questions de race dans ses discours et ses réflexions, et appelle à l’affranchissement des esclaves noirs.

Son engagement sans faille atteint probablement son paroxysme lorsqu’elle se présente, en mai 1949, aux élections législatives, alors même qu’elle sait son élection impossible. En réalité, son but n’est alors pas d’être élue – d’autant plus qu’elle n’a que très peu de soutien, même dans son propre camp, qui considère sa candidature comme ridicule – mais de marquer les esprits et de revendiquer le droit de vote des femmes, soutenant une universalité “vraie”, à l’opposé d’un suffrage soit disant universel, qu’elle est la première à qualifier de “masculin”.

Jamais à court d’idée, Jeanne Deroin met en oeuvre par la suite une union d’association ouvrières, l’Union des associations de travailleurs. Mais à cette époque, la répression politique est particulièrement ferme, et l’association – sans surprise – est redoutée par le pouvoir en place. Accusée de faire de la propagande socialiste, Jeanne Deroin sera arrêtée et condamnée à 6 mois de prison. Elle profitera non seulement de son procès mais aussi de son incarcération pour continuer son militantisme et developper des plaidoyers politiques.

Quelques mois après sa sortie aura lieu le coup d’État du 2 décembre 1851. Elle s’exile alors alors en Angleterre et aide les victimes du coup. Elle y demeurera jusqu’à sa mort, en 1894.

En 2017, Michèle Riot-Sarcey écrira que “Longtemps oubliée, Jeanne Deroin appartient à ces femmes pionnières dont la vie entière fut consacrée au combat pour l’égalité entre les sexes”. Oubliée de l’histoire, elle n’en fut pas moins une femme admirable, militante et pleine de ressources, figure de la lutte pour les droits politiques des femmes.

Cet article n’engage que son autrice.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *