La Terreur Féministe

Par Emma Lepont

La Terreur féministe, petit éloge du féminisme extrémiste est un essai écrit par Irene paru le 12 février 2021. Elle y loue les femmes qui ont su, dans l’histoire du féminisme, réaliser des actions radicales et violentes pour lutter contre l’oppression patriarcale. Elle s’interroge sur la définition même du féminisme comme « lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes » et se demande si le féminisme doit être violent ou pacifiste.

Irene est une femme de 21 ans d’origines espagnole, basque et française. En 2017, elle s’est installée à Paris et s’est lancée dans le militantisme au contact des milieux féministes. Elle a transformé son compte Instagram en outil de démocratisation d’idées et de pédagogie populaire. Elle participe au lancement du mouvement des collages contre les féminicides en 2019.

« Le féminisme n’a jamais tué personne », elle part de ce postulat, faux en l’occurence, pour montrer l’usage de la violence dans la lutte contre le patriarcat. Il s’agit d’une phrase évoquée depuis toujours et dont l’objectif est de réduire le féminisme à des manifestations sans violence; une lutte sans attaques directes. C’est une façon de rassurer « un patriarcat pétri d’angoisse » ou alors d’appuyer l’idée que la femme est faible et ne peut faire peur, ni être dangereuse. Irene souhaite parler de « meurtres, de violence, de bombes et de kérosène » afin de montrer que dans l’histoire du féminisme, des femmes ont su prendre des mesures très radicales « pour survivre au système patriarcal ».

Ainsi, elle fait l’éloge de l’histoire de plusieurs femmes violentes qui ont lutté contre un  monde lui-même violent et oppressif. Elle a divisé son essai en trois parties.

La première s’intitule « Dessine-moi une femme violente ». Elle décrit dans cette partie les vies d’Artemisia Gentileshi, peintre à Rome au XVIIe siècle; Lisbeth Salander, personnage fictif inadapté à la société et ses normes, de la série romanesque Millenium; Valerie Solanas qui a rédigé en 1967 un manifeste théorisant la haine la plus viscérale vis-à-vis des hommes.

La seconde partie se nomme « La violence pour la survie » et elle raconte l’histoire d’Ita, sa grand-mère qui a su user de la violence pour se défendre contre la violence conjugale et la misogynie dont elle a été victime. Elle mentionne également Anna Orantes qui, le 4 décembre 1997, a raconté durant une trentaine de minutes, les violences conjugales qu’elle a subi sur une chaine espagnole, marquant alors l’ensemble de l’Espagne par son témoignage. Elle évoque ensuite l’histoire de Maria del Carmen García qui a immolé le violeur de sa fille en 1998, histoire qui n’est pas sans rappeler celle de Jacqueline Sauvage, en France. Enfin, elle finit cette partie en parlant de Noura Hussein, mariée de force par ses parents à un homme beaucoup plus âgé qu’elle et refusant de « consommer leur union » est victime de viol par son mari auquel elle donne la mort par coups de couteau.

Dans la troisième partie « la violence comme stratégie politique féministe », en mentionnant toujours les actions de certaines femmes violentes, elle montre que la lutte féministe doit mélanger des actions violentes et non violentes pour être efficace parce que nous vivons dans un monde où la violence est omniprésente.

« Peut-être que craindre les femmes, c’est aussi commencer à les voir comme des êtres humains » Molly Fisher New York Magazine.

A travers cet essai, Irene cherche à comprendre ce qu’est la « terreur féministe » mais elle ne parvient pas à établir une définition, tout le monde en parle, l’évoque mais personne ne sait vraiment ce qu’elle est et ne peut prouver son existence. Ainsi, la vraie question qu’il faudrait se poser est celle de la nécessité de la violence dans la Révolution Féministe. Le patriarcat est violent et extrémiste donc une réponse entièrement pacifiste serait inefficace.

Un des autres problèmes qu’elle souligne est la mauvaise définition du féminisme et les interprétations et amalgames qui en découlent. En effet, on résume ce combat à « la lutte pour que les femmes soient égales aux hommes ». En fait, cette vision du féminisme est réductrice et est toujours centrée sur le paradigme que le patriarcat impose à la société. Cela veut dire que l’homme est la mesure de toutes choses et le modèle vers lequel nous devrions tendre. Comme Irene le montre, la base du féminisme est bien plus large, elle est de « comprendre qu’au-delà du patriarcat, il faut aussi chercher à détruire le racisme et le capitalisme, et tout ce qui découle de ces systèmes de domination ». Donc, on ne devrait pas se battre pour « être égales aux hommes » mais pour détruire l’oppression de l’homme blanc cisgenre et hétérosexuel.

Ainsi, le féminisme est un « mouvement politique révolutionnaire » puisqu’il veut transformer un monde d’oppression, en définissant de nouvelles normes, valeurs et de nouvelles représentations collectives du fonctionnement de la société. Cela suppose que le féminisme doit user d’une combinaison de tactiques pacifistes (sits-in, pétitions, manifestations) mais aussi des tactiques violentes (actions directes) afin d’avoir une véritable efficacité. C’est en cela que le féminisme est craint par les hommes.

« Magalie déblatérait bien, mais elle avait tort. Un mouvement politique n’est validé que s’il fait des morts. Sinon, c’est du féminisme : un hobby pour femmes entretenues. Il faut la violence. Sinon, personne n’écoute ». Virginie Despentes, Apocalypse bébé.

Cet article n’engage que son autrice

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