Mexique: Bloque Negro, la révolution féministe

M. Heurtel, S. Przychodny, J-M. Lebrun, 2021

Par Marie Lebrun

[TW: violence sexuelles]

« Ni pardon, ni oubli ! »

Dans la capitale mexicaine, exceptionnellement et sur l’accord des combattantes qui y résident, la caméra de Manon Heurtel a pu s’immiscer dans le quotidien d’activistes féministes radicales appelées les Bloque Negro. Revêtues de noir de la tête aux pieds et également cagoulées, ces groupes de femmes souhaitent représenter leur rage ainsi que leur anticonformisme tout en restant anonymes. Leur objectif ? Susciter la peur, tout comme elles-mêmes ont eu peur de leurs agresseurs.

L’une d’entre elles témoigne des traumatismes qu’elle a subis : violée à plusieurs reprises durant son enfance, elle s’est fait menacer de mort lorsqu’elle a tenté de dénoncer ces actes pédo-criminels commis à son encontre. Pire encore, elle a dû fuir son village.

Face à ce constat alarmant, les Bloque Negro scandent alors l’un de leurs slogans phares « ni pardon, ni oubli » pour les 4 000 femmes assassinées chaque année au Mexique, car rappelons que 99% de ces féminicides restent impunis. A ce titre, elles organisent des commémorations pour les victimes disparues qu’elles retransmettent généralement sur les réseaux sociaux.

La mobilisation de ces groupes de femmes, massive et inédite, vise donc notamment à dénoncer la dure loi du silence qui contribue à véhiculer une culture de l’impunité. Régnant en maître au sein de l’Etat mexicain, cette dernière est plus que problématique ; c’est la raison pour laquelle ces femmes souhaitent revendiquer leurs droits et obtenir justice.

Leurs actions témoignent d’une nouvelle vague féministe qui gagne une large part de l’Amérique latine. Alors que les générations précédentes avaient plutôt l’habitude de manifester silencieusement, ces militantes radicales n’usent pas des mêmes codes, se réclament de la mouvance des « Black Blocs » européens et se risquent en ce sens à des condamnations pour actes de violences. Elles ont en effet recours aux pillages, lesquels se soldant parfois par des combats de rue entre elles et les forces de l’ordre. Critiquées pour leur immobilisme, ces dernières ont recours à la corruption à laquelle les Bloque Negro s’opposent largement.

Prônant la violence en guise d’autodéfense, elles souhaitent que la peur change de camp. Elles ont d’ailleurs pris d’assaut le siège de la Commission Nationale des Droits de l’Homme à Mexico City. Devenu l’un de leurs quartiers généraux, ce bâtiment, baptisé Ocupa, a aussi vocation à servir de refuge pour que les femmes et enfants victimes de violences domestiques soient protégé·e·s au sein de cet espace autogéré et interdit aux hommes. Ces actrices de changement revendiquent une société où l’activisme militant est placé au cœur de toutes leurs actions. Elles proposent par exemple des cours de self-defense pour reprendre le pouvoir sur leurs agresseurs.

Alors que le féminicide est inscrit dans le code pénal mexicain depuis 2007, l’une des porteuses de cette avancée, Patricia Olamendi Torres, soutient le mouvement des Bloque Negro. Interrogée par la réalisatrice, elle voit dans leur manière de protester l’occasion unique de se faire entendre.

Pour visionner ce court-métrage documentaire, vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous :

https://www.arte.tv/fr/videos/101555-000-A/mexique-bloque-negro-la-revolution-feministe/

Cet article n’engage que son autrice.

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