Ma vie sur la route, Mémoires d’une icône féministe, Gloria Steinem

Par Marie Lebrun

« Les questions de Gloria sont faussement candides, ses affirmations faussement interrogatives, ses doutes faussement désespérés. C’est sa grande élégance. Ainsi navigue ce livre que vous vous apprêtez à découvrir. Et qui vous happera d’un bout à l’autre. » Christiane Taubira, préfacière du livre.

Originellement paru en 2015, Ma vie sur la route est un roman autobiographique écrit par Glora Steinem qui a récemment été traduit en français. Disponible depuis 2019 aux éditions Harper Collins, il a notamment été préfacé par Christiane Taubira.

Fervente défenseuse des droits des femmes et en particulier du droit à l’avortement, Gloria Steinem s’inscrit dans une approche intersectionnelle. Elle prône la convergence des revendications entre les luttes féministes et le combat pour l’égalité, la reconnaissance des droits des Amérindiens. En effet, c’est sa mère, Ruth, qui a causé ses premières sensibilisations aux tensions raciales.

Au cours de cet ouvrage, Gloria Steinem entend tout d’abord partager le quotidien qui a été le sien durant des décennies : celui des routes américaines sur lesquelles elle s’est le plus souvent déplacée et qu’elle semble avoir eu besoin d’appréhender. Elle aspire aussi à nous « inciter à passer un peu de temps sur la route. » Pour cela, Gloria encourage l’ouverture à la différence, à l’Autre, qui semble grandement favorisée lorsque nous voyageons. Elle souhaite également « partager des histoires », en soulignant la mystérieuse alchimie qui opère lorsqu’une personne prend la parole devant un groupe d’inconnus. Pour elle, la discussion collective s’avère bénéfique pour l’action féministe, où les groupes de parole permettent de rompre un éventuel isolement, d’encourager une écoute bienveillante et de susciter une réelle prise de conscience.  Gloria Steinem souhaite enfin « ouvrir la route », cette dernière ayant longtemps et traditionnellement été l’apanage des hommes.

Ainsi, en allant à la rencontre d’une diversité de lieux et d’individus, l’auteure relate de nombreux voyages, qu’ils soient géographiques, historiques ou culturels. Dès l’enfance, Gloria évoque une sensibilité personnelle et familiale à l’égard du nomadisme. Par la suite, elle devient journaliste et s’engage sur de nombreux enjeux relatifs aux droits des femmes et, a fortiori, aux droits des minorités.

Alors que les politiques publiques diffèrent d’un Etat américain à l’autre, voyager à travers l’étendue des États-Unis permet par ailleurs de se rendre compte des écarts interétatiques qui persistent, notamment d’un point de vue législatif. Les droits restrictifs de certains Etats à l’égard des femmes obligent même certaines d’entre elles à quitter le territoire fédéral pour en rejoindre un autre. Nous comprenons donc pourquoi du journalisme à l’activisme, cet ouvrage nous plonge au cœur des routes que Gloria a sillonnées pendant près de quarante ans. L’auteure se considère d’ailleurs comme une « combattante itinérante », où elle a expérimenté l’école de la débrouille aux antipodes d’une quelconque zone de confort pour faire valoir ses idées.

« Plus que toute autre chose, le voyage nous oblige à vivre l’instant présent. »

Les multiples déplacements ont rythmé sa vie de journaliste américaine, des meetings politiques en passant par des réunions militantes. Elle galvanise son auditoire lors des nombreuses conférences auxquelles elle a participé. Les mémoires de cette figure féministe relatent ainsi un parcours inspirant où le voyage est synonyme d’émancipation et d’apaisement. Afin de rendre compte du caractère empouvoirant de ce dernier, Gloria Steinem s’efforce de vulgariser son propos, en le rendant davantage accessible à tout.e.s.

Devenue une véritable icône féministe par son enthousiasme et sa détermination, Gloria Steinem fait du voyage un art de vivre. Aujourd’hui âgée de 86 ans, elle bénéficie d’une reconnaissance avérée outre-Atlantique.

Ses mémoires donnent une résonance au voyage pour chacun.e d’entre nous. Pour ce faire, il n’y a pas besoin de parcourir 10 000 kilomètres. Il est possible de voyager rien qu’en passant la porte de chez soi, en recherchant ce qui serait moins familier, voire étranger à notre quotidien, aux formes de routine, à nos habitudes.

En écoutant la petite voix qui sommeille en vous, vous trouverez la voie ; il existe mille et une façons de voyager, à vous de découvrir la vôtre.

Nous vous souhaitons une excellente lecture !

Cet article n’engage que son autrice.

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