Scandale, Jay Roch

TW – Harcèlement sexuel

« Il faut que quelqu’un parle, il faut que quelqu’un se révolte. » – Gretchen Carlson (Nicole Kidman).

Trois années après que l’une des polémiques les plus retentissantes du monde médiatique étatsunien ait éclaté au grand jour, Jay Roach décide de réaliser Scandale en 2019, ou Bombshell de son titre originel anglais.

A la fois percutant et engagé, ce film s’inspire de faits réels à la suite de la mise en cause de Roger Ailes, cofondateur de la chaîne d’information en continu Fox News. Visé par de nombreuses accusations de harcèlement sexuel, ce magnat de la télévision abusait du pouvoir qu’il exerçait en tant que directeur d’une des plus grandes chaînes américaines pendant vingt ans (de 1996 à 2016) pour contraindre des journalistes à des relations sexuelles, en contrepartie d’une promotion.

Kayla Pospisil, Gretchen Carlson et Megyn Kelly sont les protagonistes du film, respectivement incarnées par Margot Robbie, Nicole Kidman et Charlize Theron. Ces trois actrices principales se mettent dans la peau de journalistes et présentatrices de Fox News qui sont ou ont été victimes de Roger Ailes.

Plus largement, les femmes travaillant pour la chaîne font l’objet de remarques sexistes quotidiennes qui contribuent à véhiculer des stéréotypes de genre et les placent dans une mise en compétition les unes envers les autres. Leurs supérieurs leur demandent de porter des tenues qui les hyper sexualisent en les dissuadant -pour ne pas dire interdisant- de porter des pantalons. Les émissions sont par exemple cadrées en plan large pour filmer volontairement les jambes de leurs présentatrices. Nous comprenons donc que l’objet des critiques adressées à la chaîne, au-delà du harcèlement sexuel, est de combattre l’objectification à l’encontre de ses salariées, puisque les logiques de profit semblent passer avant le respect des droits des femmes.

Plongé dans les coulisses d’une chaîne américaine aussi puissante que controversée, le public est entraîné dans l’agitation qui émane des salles de rédaction.

En visionnant le film, la posture du spectateur ou de la spectatrice s’avère parfois délicate mais nécessaire puisqu’on assiste à des scènes déstabilisantes, en particulier une jouée entre Margot Robbie (Kayla Pospisil) et John Lithgow (Roger Ailes). L’objectif est presque de nous mettre dans l’embarras par moment, une façon de susciter du dégoût, voire de l’indignation à l’égard du harcèlement commis. Le réalisateur fait ainsi prendre conscience des mécanismes comportementaux quand une personne est sous emprise, tels que la forte culpabilité ou l’enfermement dans le mutisme, les victimes se retrouvant souvent muselées et découragées.

La justesse d’une réplique du film doit cependant être mise en lumière : « Céder NEST PAS consentir. »

C’est justement cette loi du silence qu’une ex-présentatrice entend briser. Véritable lanceuse d’alerte, Gretchen Carlson est la première à dénoncer cette culture du harcèlement qui

semble régner en maître, alors qu’on la met en garde en lui disant que personne ne la croira. Son témoignage et le travail remarquable qu’elle réalise auprès d’avocat.e.s aident par la suite d’autres survivantes à parler de ce qu’elles ont vécu. Malgré une intériorisation des normes de genre de la part de certains personnages du film et les craintes suscitées par Roger Ailes qui nie en bloc toute accusation, une libération de la parole débute et ne cesse de croître.

« Les femmes qui ont risqué leur carrière pour dénoncer Ailes ont été les premières à faire tomber un homme puissant. Mais pas les dernières. »

En 2016, cette affaire témoigne en effet d’un combat précurseur de l’ère #MeToo qui prendra une ampleur sans précédent un an plus tard en 2017, notamment avec l’affaire Weinstein.

Pour découvrir la bande-annonce du film, c’est juste ici :

Cet article n’engage que son autrice.

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