Orgueil et Préjugés

Par Emma Lepont

           

Biographie

Jane Austen (1775-1817) est l’une des plus grandes figures de la littérature anglaise du XVIIIe siècle. La plupart de ses romans, notamment Orgueil et Préjugés étaient anonymes parce que sa condition de « femme de la bonne société » l’empêchait d’être écrivaine. Elle est donc peu célébrée de son vivant.

            Dès sa plus jeune enfance elle a été bercé par les livres. Dans sa grande famille, composée de huit enfants, chacun a été éduqué par leur père par le biais de la lecture. Elle est donc initiée très tôt à l’écriture. Dès l’âge de douze ans, elle commence à rédiger des poèmes, des histoires courtes ou encore des pièces de théâtre. C’est lorsqu’elle atteint la majorité qu’elle décide de faire de l’écriture, sa source de revenus. Elle publie Orgueil et Préjugés en 1813 et ce roman eu un franc succès. On peut se demander s’il aurait eu autant de succès à son époque si ses lecteurs avaient sû qu’il était rédigé par une femme.

            En effet, c’est seulement depuis la fin du XIXe siècle que les romans de Jane Austen sont signés de son nom. En France, elle acquiert ses lettres de noblesse qu’à la fin du XIXe. Depuis le XXe, ses œuvres ne cessent d’être rééditées et réadaptées.

Son œuvre majeure : Orgueil et Préjugés (1813).

            Le roman fait le récit de l’histoire de la famille Bennet, composée de cinq filles en âge, ou presque, de se marier. Cette famille appartient à la petite gentry campagnarde, il est donc nécessaire que les filles se marient avec des hommes fortunés. Lorsqu’arrive M. Bingley, leur riche nouveau voisin, madame Benet espère que l’une de leurs filles vont lui plaire. Jane, l’ainé de la fratrie est choisie pour lui être présenté parce que c’est la plus jolie et la plus sage. Mais le riche et orgueilleux M. Darcy, ami de M. Bingley,, porte un regard méprisant sur la relation naissante entre son ami et Jane. Il accuse la famille Bennet de tromper M. Bingley pour bénéficier de sa fortune.

            En même temps, dans ce village arrive une troupe d’officiers et parmi eux, le bel officier Wickham, qui ne laisse pas Elisabeth indifférente. Il s’agit de la cadette de la famille et l’héroïne du roman. Elle est d’une grande sagesse et d’une vive intelligence qui lui permettent de supporter l’atmosphère provinciale et étriquée dans laquelle il faut vivre. Mais elle a un certain orgueil, ou plutôt un certain sens de dignité qui la pousse à défendre sa famille face aux critiques de M. Darcy. Elle dit « je pourrai facilement lui pardonner son orgueil s’il n’avait mortifié le mien » en parlant de Darcy. C’est de là que nait le préjugé qu’elle contre Darcy.

            Ce roman d’amour montre l’évolution de la relation entre M. Darcy et Elisabeth qui parviennent à renverser leurs préjugés.

Une satire de la société anglaise et de son époque

La première phrase du roman est la suivante :

« C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit forcement être en quête d’une épouse »

(« it is a truth universally acknowledged, the a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife »)

            Ainsi, dès les premières lignes du roman, la teinte satirique et critique est annoncée. Implicitement cette première phrase veut dire quel les jeunes filles peu fortunées ont peu de chances de connaitre une ascension sociale parce que le mariage est un échange économique et non une preuve d’amour à cette époque.

            L’objet de ce roman est de montrer l’hypocrisie de la société anglaise de l’époque où le rang, la richesse, l’apparence ont plus d’importance que les vraies valeurs morales. Il met en avant les difficultés des femmes de la petite gentry campagnarde à s’assurer une sécurité économique et un statut social. Jane Austen fait également la critique de la domination de l’homme sur la société. Un scène du roman insiste notamment sur cette critique. Il s’agit du passage où Darcy fait le portrait de « sa femme idéale » à Elisabeth qui lui répond que la femme qu’il attend n’existe pas.

Critique principale contre le mariage économique

            Le mariage est donc le thème principal du roman. Au sein de la famille Bennet, on retrouve plusieurs caricatures des comportements de la société de l’époque. Par exemple, la mère est obsédée par la nécessité de les marier à un homme fortuné. Elle ne manque pas d’esprit pour parvenir à ses fins mais sa vulgarité, sa prétention et sa sottise la poussent à se vanter des mariages avantageux qu’elle espère pour ses filles. On peut également citer Lydia Benett, la benjamine de la famille qui est frivole, superficielle, enjouée et déterminée. Elle aime flirter avec les jeunes officiers de la milice et va même s’enfuir avec Wickham, persuadée qu’il va l’épouser. De l’autre coté il y a Jane et Elisabeth qui sont plus plus responsables et raisonnables. Ce sont les seuls qui vont obtenir un mariage d’amour à la fin du roman. Le personnage de Darcy est aussi intéressant, il incarne l’orgueil de l’homme, le déni de la castration et la supériorité du masculin.

            On voit donc que le mariage obsède la famille Bennet. Les tendances de la société poussent à considérer le mariage comme un échange économique qui renforce la supériorité de l’homme. En effet, la femme passe des mains de son père à celles de son mari. Pour Elisabeth, un mariage sans amour est un mariage sans éthique, elle se refuse de suivre une tendance de la société. Ainsi, ce roman reste un roman d’amour avec une dimension de construction dont le cheminent va être la transformation de la posture de l’homme et du jugement de la femme.

Est-ce un roman féministe ?

            Il semblerait que le but premier de Jane Austen ne soit pas de défendre le féminisme mais bien de critiquer les mœurs d’une société ridicule. En revanche, ce roman peut être utilisé comme argument féministe puisqu’on l’a vu, il remet en cause la toute puissance de l’homme dans la société et le caractère économique et manipulé du mariage. Néanmoins, on peut qualifier Elisabeth d’héroïne féministe car celle-ci a refusé la demande en mariage de Darcy par principe et, par dignité. Elle avait des sentiments pour lui mais elle méprisait cet homme qui osait se moquer de sa famille et dénigrer la posture de la femme. Ce geste est vraiment symbolique et renverse tout le roman. Darcy, blessé dans son orgueil, est pour la première fois en position de faiblesse face à une femme. S’il n’avait pas été blessé dans son égo, jamais Elisabeth n’aurait avoué ses sentiments et n’aurait accepté de l’épouser. Il s’agit dans doute de l’acte le plus féministe du roman.

            Enfin, on pourrait même ajouter que Jane Austen est une femme qui écrit un roman faisant la satire de la société anglaise du XVIIIe siècle. Et, le fait qu’elle publie son roman dans l’anonymat renforce encore plus la dimension féministe et symbolique du roman, puisqu’il a été écrit sans respecter les normes de l’époque.

Adaptations cinématographiques

            Si cela vous intéresse, il y a eu quelques adaptations de ce roman en film. Celui du réalisateur Joe Wrigth avec Keira Knightley et Matthew Macfadyen est fidèle au roman et la critique sociale ainsi que le renversement des préjugés entre Elisabeth et Darcy sont très bien représentés. Les décors ainsi que les costumes sont magnifiques. A travers ce film, la portée féministe du roman est encore plus visible à mon sens notamment grâce au jeu de Keira Knightley en tant qu’Elisabeth. Je vous le recommande vivement !

Cet article n’engage que son autrice

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