Par Emma Lepont.

Ce roman rédigé par Louisa May Alcott et paru sous deux volumes à la fin des années 1860 raconte l’histoire d’une famille séparée par la Guerre de Sécession en Nouvelle-Angleterre dans les années 1860. Le père de la famille, Robert March part comme aumônier et laisse ses quatre filles et sa femme derrière lui. Little Women raconte donc la vie de Mary March et de ses quatre filles Margaret, Josephine, Amy et Elizabeth. Le roman est écrit sous la forme de flashbacks qui apparaissent au fur et à mesure de la rédaction de l’histoire de la famille, par Joséphine, afin de la vendre à un éditeur. Il s’agit d’un roman plein de vie et féministe. En effet, il montre le combat pour le changement de la représentation de la femme dans la société au XIXe. Simone de Beauvoir écrit même dans Mémoire d’une jeune fille rangée, paru en 1958, donc presque un siècle après Little Women que dans ce roman elle avait cru reconnaitre son visage et son destin. Ce roman eut un impact fort à l’époque de sa publication parce que beaucoup de familles se sont reconnues dans les March, elles aussi séparées par la Guerre de Sécession.

L’aspect féministe de ce roman sera surtout mis en valeur par les adaptations cinématographiques du roman. Il y en a eu six et la plus récente date de 2020. Le film a été réalisé par Greta Gerwig et dans cette version la place de la femme et la lutte pour ses droits et son statut sont assez accentuées. Le fait que presque un siècle et demi plus tard, ce roman inspire toujours et serve d’outil dans la lutte pour les droits de la femme montre son aspect novateur et pragmatique. D’ailleurs, je tiens à faire remarquer que le roman s’appelle Little Women, mettant en valeur la femme alors que la traduction française est la suivante « Les filles du docteur March ». Rien que dans cette traduction on peut voir un certain paradoxe, l’objectif de ce roman et du film est de défendre l’émancipation de la femme et son indépendance pourtant les « filles » et non pas femmes, « du docteur March » appartiennent à un homme, quand bien même il s’agisse de leur père. De plus, Robert March apparait dans le titre du film alors que ce dernier apparait très peu dans le film, il est loin d’être un personnage déterminant.
Les principales thématiques féministes qui sont défendues dans le roman, ainsi que dans le film sont : l’importance de l’éducation de la femme, la soumission de la femme à la société patriarcale, l’émancipation de la femme et la lutte pour une reconnaissance au sein de la société. Chacune des femmes de la famille March possède un certain trait de caractère qui met en avant ces différents thèmes. La mère, Mary, doit élever seule ses quatre filles pendant que son mari est parti à la guerre. L’ainée des filles, Margaret, choisit un mariage d’amour au lieu d’un mariage avantageux financièrement, rompant ainsi avec les codes, parce que la famille March est assez riche et appartient à la classe moyenne. La cadette, Joséphine, est une femme forte et indépendante avec un comportement assez brusque et colérique et incarne l’émancipation de la femme. La troisième fille, Amy, fait preuve d’une fine intelligence lui permettant de comprendre le fonctionnement de la société et d’en tirer profit, tout en se battant pour ses convictions. Enfin la benjamine, Elizabeth, incarne la rigueur, le travail, le courage et la douceur que sa passion et son talent pour la musique exigent.
Greta Gerwig dans son film, a choisi une mise en scène moderne du roman. Elle a su rendre certaines scènes à portée féministe, particulièrement fortes grâce à l’actualisation à notre époque du message de Louisa May Alcott. Je vous présente deux moments qui m’ont particulièrement marquée : la tirade d’Amy à Laurie sur le caractère économique du mariage et lorsque l’éditeur refuse les idées de Joséphine pour son roman parce qu’elles ne correspondent pas aux codes institués du personnage féminin.
Amy et Laurie, un ami de la famille, discutent du mariage. Amy, assez lucide sur le caractère superficiel et faux du mariage est contredite par Laurie qui lui expose sa vision romantique, presque poétique, complètement détachée de la réalité. Elle lui répond par une longue tirade montrant que le mariage n’est qu’un accord économique et que toute la vie d’une femme est dirigée et menottée par des accords faits par les hommes. Elle explique que quoi qu’il arrive, la société ne lui permettra pas de réussir en tant qu’artiste et femme indépendante et que le mariage ne serait qu’une enclave économique pour elle parce qu’elle serait sous l’autorité de son mari. Bien que les femmes à la fin du XXe aient obtenu le droit de disposer de leur propre compte bancaire et carnet de chèque, Amy décrit une réalité qui existe toujours aujourd’hui dans les faits.
Le second passage se trouve à la fin du film, il s’agit également du dernier chapitre que Josephine présente à l’éditeur et ce dernier ne l’approuve pas parce qu’il ne se finit pas comme dans les contes de fées classiques qu’on lit aux enfants, à savoir : « Ils finirent heureux et eurent pleins d’enfants ». Selon lui, si le roman ne se termine pas de cette façon, alors il ne se vendra pas. Pourtant, sans raconter la fin, Joséphine se bat pour que le dernier chapitre « Parapluie » soit écrit comme elle le souhaitait. Ainsi la victoire de Joséphine et le choix de la mise en scène par Greta Gerwig de la scène du fameux parapluie appuient d’autant plus sur le refus de considérer la femme comme un personnage passif dans la relation amoureuse et au sein des romans.
J’espère vous avoir donné envie de voir/lire cette œuvre de Louisa May Alcott encore malheureusement trop d’actualité en ce qui concerne le combat des femmes pour leurs droits, bien qu’il ait été écrit un siècle et demi plus tôt.
Cet article n’engage que son autrice.
