Le Château des dames

Par Zoë Vailler.

Le Château de Chenonceau a été construit au XVe siècle, dans le Centre Val-de-Loire. Ce château-pont unique au monde est riche de son histoire, depuis les fondations médiévales sur lequel il est édifié jusqu’à sa position comme ligne de démarcation lors de la Seconde guerre mondiale. Convoité par les Révolutionnaires à l’aube du XIXe siècle, transformé en hôpital de guerre de 1914 à 1918, le Château, qui a connu de nombreuses métamorphoses au fil du temps, est aujourd’hui un monument historique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ses évolutions sont marquées par des femmes qui, en laissant leurs empreintes dans l’histoire du lieu, lui ont aussi valu le surnom de “Château des Dames”. Cinq figures emblématiques ont participé à établir le rayonnement de l’édifice.

Catherine Briçonnet

A la fin du XVe siècle, la forteresse médiévale, qui sera la base du château, est rachetée par le surintendant aux finances du roi Louis XII. Néanmoins, ses devoirs auprès de ce dernier poussent sa femme, Catherine Briçonnet, à prendre les directives du chantier de construction du château. Elle supervise entièrement les travaux et est à l’initiative d’un aménagement judicieux et novateur qui fera du lieu la prouesse architecturale de l’époque.

Catherine Briçonnet est la plus méconnue des femmes ayant participé au rayonnement de Chenonceau;  elle est pourtant celle à qui on doit sa base architecturale. Ce potentiel va être exalté par ses successeures.

Diane de Poitiers

Diane de Poitiers était la favorite du Roi Henri II, position qui lui permettait d’exercer son pouvoir de conseillère, mais aussi de réaliser ses ambitions de femme d’affaire. Le Château étant entré dans les possessions royales, Diane de Poitiers aspire à l’intégrer à son patrimoine. A l’issue d’un long procès qui exacerbe la valeur de Chenonceau, elle réussit à acquérir ce lieu tant convoité. Elle devient alors l’initiatrice de diverses rénovations qui participent à l’embellissement de la propriété. Grâce à Chenonceau, Diane de Poitiers impose ses capacités de gestionnaire ambitieuse en exploitant le terrain pour en faire une source de revenus agricoles tout en faisant du Château un futur de lieu de festivités.

Catherine de Médicis

Femme politique, Catherine de Médicis est réputée pour être une “Reine noire”, dure et ferme dans sa gestion du royaume. Son implication dans le Château de Chenonceau permet néanmoins de révéler sa véritable personnalité. Cette femme aimante et dévouée va faire du château un moyen d’affirmer la puissance du pouvoir royal. Elle va y organiser des fêtes de grande envergure avec des invités prestigieux afin de montrer la force et le rayonnement de la famille royale. L’image souvent véhiculée par les historiens omet de préciser son combat ultime pour la sauvegarde de la paix nationale sur les plans politiques et religieux.

Louise de Lorraine

Louise de Lorraine se voit léguer le château. Très marquée par la mort de son mari, elle aménage une partie des lieux en son honneur. Louise est une personne très cultivée, et elle se bat contre ceux qui ont assassiné son mari. Elle apporte à Chenonceau un visage plus religieux, le destinant alors plutôt au recueillement. Après elle, aucune figure ne se démarquera pour son implication pour le château, jusqu’à la période révolutionnaire.

Louise Dupin

En 1733, le château est vendu au couple Dupin, récemment anobli. Louise Dupin tient alors un salon très réputé par les Lumières où se retrouvent auteurs et personnalités de l’époque. Rousseau tombe notamment amoureux d’elle et vient alors à Chenonceau pour l’aider dans l’écriture d’un ouvrage féministe. Sur l’égalité des hommes et des femmes est un projet d’encyclopédie avant- gardiste et riche de 1200 pages dans laquelle Louise Dupin prouve l’égalité naturelle des hommes et des femmes sur la base d’une large documentation ; elle développe l’idée d’une nécessaire instruction pour les femmes, puis se lance dans une relecture de l’histoire, de la religion ou encore de la philosophie du point de vue des femmes.

Ce texte ne voit jamais le jour en raison de la modestie de Louise Dupin, mais aussi à cause des nombreux deuils auxquels est confrontée son autrice, comme l’explique sa descendante, George Sand. Chenonceau a été un lieu de retraite, mais a surtout inspiré l’écriture d’un manifeste féministe de grande ampleur. Louise Dupin a aussi été une grande protectrice du Château. Revendiquant les origines non royales de la construction et en détruisant les symboles rappelant l’occupation monarchique des lieux, elle a permis la sauvegarde de ce lieu d’exception.

Les femmes qui se sont succédées aux commandes de Chenonceau ont su le mettre en avant par des aménagements singuliers, lui construisant une réputation mondiale. Mais elles en ont aussi fait un outil de pouvoir personnel, politique, un lieu d’inspiration artistique ou encore de recueillement. Leurs différences de caractères et d’ambitions ont donné au Château une histoire riche. Érigé et entretenu par ces femmes, le domaine a été pour elles le moyen d’affirmer leur indépendance et de revendiquer de leur propre pouvoir.

Cet article n’engage que son autrice.

 

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