Cyber harcèlement*, revenge porn*, slut-shaming*, on dit STOP !

Par Marie Lebrun

Aujourd’hui, je m’adresse à vous car je suis révoltée et vous adresse un appel à l’aide.

Nous savons que la période de crise sanitaire que nous traversons, particulièrement difficile, exacerbe les violences, notamment celles faites à l’égard des femmes et des filles. Le cyber harcèlement serait d’ailleurs en forte hausse pendant le confinement. Phénomène devenu viral, les actes de revenge porn et de slut-shaming redoublent d’intensité sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, notamment sur Snapchat et Telegram. Pour vous donner un ordre d’idée, le compte de revenge porn ayant la communauté la plus nombreuse s’élève à plus de 232 000 abonnés. 232 000 membres, vous vous rendez compte ? 232 000 personnes. 232 000 complices consultant illégalement des contenus intimes publiés en ligne, pire, participant même à les relayer.

Par ces mots, je souhaiterais que chacun-e d’entre vous prenne la mesure de ces pratiques illicites car elles touchent respectivement jusqu’à 22% et 23% des femmes et des hommes. Oui, le revenge porn, slut-shaming et, plus généralement, le cyber harcèlement, sont punis par la loi. Pour rappel, le fait de diffuser des images ou des vidéos à caractère intime ou sexuel d’une ou plusieurs personnes sans leur consentement est un délit.

Rappel à la loi & peines encourues

  • Contenu diffusé à caractère sexuel sans consentement : 2 ans d’emprisonnement + 60 000€ d’amende (article 226-2-1).
  • Si les photos ou vidéos concerne un-e mineur-e : 5 ans d’emprisonnement + 75 000€ d’amende (article 227-23).
  • Mise en danger d’autrui : 1 an d’emprisonnement + 15 000€ d’amende (article 223-1).
  • Cyber harcèlement : 1 à 3 ans d’emprisonnement + 15 000€ d’amende.
  • En cas de menace de mort, 3 ans d’emprisonnement + 45 000€ d’amende.
  • En cas de menace de délit/cime, 6 mois d’emprisonnement et 7 500€ d’amende.

Les personnes victimes de ces pratiques voient parfois leurs informations personnelles être communiquées telles que leur identité ou encore leur lieu de résidence. Cette atteinte à la vie privée des personnes concernées a des conséquences dévastatrices sur le plan de la santé mentale, d’autant plus lorsque cela touche des mineures, davantage vulnérables. Le but du revenge porn étant d’humilier quelqu’un en faisant circuler en ligne des contenus visuels personnels, cela peut provoquer un isolement psychologique pouvant aller jusqu’au mutisme, l’expérience traumatisante pouvant générer des formes d’anxiété.

Ainsi, une étude de 2016 réalisée auprès de dix-huit femmes victimes de revenge porn dans la revue Feminist Criminoly, faisait état de « perte de confiance en soi, syndrome de stress post-traumatique, perte de contrôle. » Il est précisé que « les conséquences du revenge porn sur la santé mentale sont de nature similaire aux effets ressentis par les victimes d’agression sexuelle et de viol. »

Une étude australienne plus récente de 2017 indique, elle, que 80% des victimes déclarent avoir expérimenté « un niveau élevé de détresse psychologique, avec une dépression modérée à sévère », parfois accompagnée d’un trouble anxieux. Ces actions sont si lourdes de conséquences qu’elles vont jusqu’à mettre en danger la vie des victimes, 51% d’entre elles déclarant avoir déjà eu des pensées suicidaires.

Pour l’association britannique Safeline venant en aide aux victimes de violence sexuelles, l’un des ressorts du revenge port serait la violation de la confiance instaurée entre deux personnes, le contenu étant envoyé sans volonté de le voir être divulgué a posteriori. Lorsque cela est partagé publiquement, cette personne qui se voit humiliée n’a alors plus aucun contrôle sur son image. Pour faire face aux conséquences désastreuses de cette impunité, un groupe de jeunes femmes portée par Shanley, une étudiante de 21 ans, s’est mobilisé et tente de faire fermer les comptes fisha* associés à la diffusion de ces contenus intimes en les signalant. Soutenues par des avocates, elles s’évertuent jour et nuit à lutter contre ce fléau. Si vous voulez les soutenir dans le combat de ce phénomène massif, vous pouvez les contacter depuis leur compte Instagram spécialement dédié : @stop.fisha. Toute aide est la bienvenue !

Pour tenter de contrer les vastes dégâts de ces pratiques condamnables, il semble primordial de diffuser un message d’espoir pour ces victimes humiliées publiquement, en leur disant qu’elles ne sont pas seules et que la honte doit changer de camp. Sachez qu’en un mois à peine, Stop Fisha est parvenu à faire fermer 150 comptes ! Alors si vous êtes témoins ou victimes, n’hésitez pas à signaler vivement toute attitude illégale.

Bonne nouvelle ! Une loi pour lutter contre le revenge porn a d’ailleurs été récemment adoptée en avril dernier en Belgique. Les victimes pourront dès lors lancer une procédure de masquage ou de retrait des images/vidéos auprès d’un tribunal. Pour plus d’information, rendez-vous sur le lien suivant : https://www.instagram.com/p/B_NOER7nDot/

Alors pour reprendre les mots de Shanley qui s’adresse aux coupables « On vous voit et on ne vous lâchera pas. » Sachez que nous n’allons pas nous arrêter en si bon chemin et que nous sommes déterminé-e-s à ce que ces actions cessent définitivement.

Vocabulaire

*Cyber harcèlement : désigne le fait d’utiliser de manière répétée les nouvelles technologies d’information et de communication pour humilier ou intimider quelqu’un.

*Revenge porn : désigne la diffusion en ligne d’un contenu sexuellement explicite sans le consentement de la ou des personnes apparaissant sur le contenu exposé dans l’intention de les agresser ou les embarrasser.

*Slut-shaming : concept anglo-saxon que l’on peut traduire en français par « couvrir de honte les salopes. » Il désigne un ensemble d’attitudes individuelles ou collectives consistant à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l’attitude ou l’aspect physique serait jugé provocant ou trop ouvertement sexuel.

*Compte fisha : compte publiant des photos ou vidéos de personnes dénudées sans leur consentement.

Conseils

  • Rassembler un maximum de preuves (captures d’écran du contenu posté et du compte)
  • Si l’on souhaite déposer une plainte au commissariat:
    • Déposer une pré plainte en ligne : https://www.pre-plainte-en-ligne.gouv.fr/
    • Puis se rendre directement au commissariat pour un dépôt de plainte (même en confinement, cela ne change rien, un policier/une policière n’a pas le droit de vous refuser un dépôt de plainte si vous en faîtes la démarche)
    • Préparer un brouillon résumant la situation : le type de contenu posté (image/vidéo), sur quel compte (identifiant/réseau social), quand (date/heure), qui a envoyé le contenu (si possible).

Propositions de démarches à suivre

  • Que vous soyez victime ou témoigne, il faut signaler le compte sur la plateforme qui l’héberge (Snapchat, Telegram)
  • Pharos, portail officiel de signalement des contenus illicites sur Internet :

https://www.internet-signalement.gouv.fr/PortailWeb/planets/Accueil!input.action (Site du Ministère de l’Intérieur)

  • Point de contact:
  • Dans le cas de victimes mineures, consulter la plateforme des services de protection de l’enfance Net écoute, luttant contre le cyber harcèlement : https://www.netecoute.fr/formulaire-de-signalement/ (ou les appeler au 0800 200 000)
  • Si vous êtes victime de revenge porn: appeler le 0800059595
  • Compte Instagram d’avocats bénévoles qui pourront vous aider et se mobilisent pour aider les victimes de violences : @lawyers_on_call
  • Numéros d’avocats et d’assistance pour les victimes, recensés dans un document réalisé par #NousToutes :

https://docs.google.com/document/d/1qSHh6IWh1Gulu0vAG4CvwN1D2pC9SFzHcoDY-Zjcn-Y/edit

  • Adresse mail créée par les initiatrices du compte Instagram Stop.Fisha si vous souhaitez les contacter, que vous avez besoin de parler, elles vous aideront à vous mettre en contact avec quelqu’un qui aura les compétences nécessaires afin de vous aider au mieux. Mail : jenesuispaseule@protonmail.com

 

Cet article n’engage que son autrice

 

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