Par Zoë Vailler
Lauréate du Prix Goncourt 2016, Leïla Slimani ne cesse de s’affirmer comme porte-parole pour les droits des femmes, au Maroc notamment où elle est née. Cette écrivaine incarne le désir d’émancipation et de liberté des femmes au travers de leur sexualité et de leur rapport au corps.
Leïla Slimani est née le 3 octobre 1991 à Rabat au Maroc. Elle décrit son enfance comme une « bulle protégée » et pudique au côté de son père ministre puis banquier et de sa mère médecin. Son éducation lui a laissé beaucoup de place pour se construire, mais le manque d’indépendance et la remise en question constante de sa légitimité du fait de son âge lui ont fait détester l’enfance.
Après avoir obtenu son bac au lycée français Descartes de Rabat, elle part étudier à Paris en classe préparatoire littéraires puis à Science Po Paris. Elle s’intéresse aussi au théâtre en intégrant le Cours Florent, et perfectionne aussi sa connaissance des médias à l’ESCP. Elle s’oriente ensuite vers le journalisme en travaillant pour Jeune Afrique de 2008 à 2012. Sa carrière de romancière débute deux ans plus tard avec la publication de son premier roman : Dans le jardin de l’ogre, un récit sur la nymphomanie. Elle publie son deuxième roman, Chanson Douce, qui lui vaut le prix Goncourt 2016. Elle devient la 12ème femme à obtenir ce prix depuis sa création en 1903. Cette nouvelle légitimité lui permet de s’affirmer sur de nombreux sujets en tant que féministe, mais aussi sur le plan politique. En effet, elle soutient Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle puis en siégeant au Conseil permanent de la francophonie au sein de l’Organisation internationale de la francophonie en 2017.
Admiratrice de Simone Veil, elle mène aussi un combat pour la liberté des femmes. Elle s’élève contre la pénalisation de l’homosexualité et des relations hors mariage au Maroc. Dénonçant aussi le contrôle du corps des femmes, elle milite pour la liberté à disposer de son corps en écrivant Sexe et Mensonge, un ouvrage dans lequel elle pose la question de la misère sexuelle et de la sexualité féminine au Maghreb à travers des témoignages de femmes vivant dans une société où ces sujets sont tabous. À travers cet essai mais également une tribune, celle des « 490 hors la loi”, Leïla Slimani accuse les lois liberticides de n’être que des outils de vengeances personnelles et des instruments de contrôle politique qui sacralisent la virginité des femmes, mais encouragent les hommes à avoir des relations sexuelles nombreuses. Cette critique de l’article 490 du Code Pénal marocain, qui pénalise l’avortement et les relations hors mariage, revendique le fait que le corps appartient à soi uniquement et n’est pas une propriété de l’Etat. Le « mensonge institutionnalisé » est donc remis en cause par l’écrivaine qui dénonce une hypocrisie générale opposant la législation et la réalité sociale marocaine quant aux questions liées à la sexualité.
Leïla Slimani se définit donc comme féministe. Il est important selon elle d’écouter les femmes, et leur émancipation est un enjeu primordial pour la société. Dès lors, cette émancipation doit être soutenue par les gouvernements afin d’avoir une assise sociale qui donne un sens à la liberté des femmes. Le patriarcat a été et est toujours rassurant pour les hommes, cependant les humiliations et complexes sociaux de ces derniers ne peuvent être supportés par les femmes. Dans la tribune “Porc, tu nais”, qu’elle publie dans Libération, Leïla Slimani réclame le droit de ne pas être importuné. Il s’agit selon elle d’être libre dans son for intérieur, mais surtout dans les espaces publics.
Si l’autrice parle de la sexualité au Maroc, elle précise toujours que le patriarcat ne se limite absolument pas au monde musulman. Revendiquant sa double nationalité, elle se sent 100% française et 100% marocaine, et ne veut pas se laisser enfermer dans une identité qu’elle soit religieuse, liée à ses origines ou à son genre. Elle est la cible de nombreuses critiques racistes, sexistes ou venant d’intégristes religieux qui ne supportent pas son ambivalence et sa liberté. Or, cette liberté est, selon elle, sa plus grande force et lui donne une voix pour l’égalité et la tolérance au profit des femmes, mais aussi des populations stigmatisés, comme les sans-papiers ou la communauté musulmane, qu’elle a défendu dans une tribune au lendemain des attentats du 13 novembre.
L’écrivaine reste malgré tout confiante pour l’avenir. La féminité masculine se dévoile de plus en plus et les stéréotypes de genre tendent à s’effacer lentement, mais progressivement. Persuadée que l’on peut changer le monde, elle soutient que l’on ne naît pas sexiste et il s’agit de militer pour le respect mutuel, la liberté et l’égalité afin que les femmes soient considérées comme des êtres humaines à part entière. L’époque actuelle est un véritable tournant qui permet de mettre en lumière une réalité longtemps passée sous silence. Cette évolution, elle la constate aussi au Maroc où elle voit depuis quinze ans des femmes qui se sentent plus fortes, plus légitimes, plus fières et qui veulent changer les choses au nom de la solidarité féminine. Elle espère alors que son fils sera libre de se débarrasser de la « vision rétrograde de la virilité » et est sûre que l’espace du monde sera plus sûre pour les femmes à l’avenir et alors l’amour, le plaisir et la séduction ne seront que « plus beaux et plus amples ».
Cet article n’engage que son autrice.
