Alexandria Ocasio-Cortez : de l’ambition et de la conviction

Par Camille Bourron

Alexandria Ocasio-Cortez est une femme politique et activiste américaine née le 13 octobre 1989 dans le Bronx, à New-York City. D’origine portoricaine et à seulement 29 ans, elle est élue le 6 novembre 2018 comme représentante du 14 district de New York à la Chambre des représentants des Etats-Unis, et devient ainsi la plus jeune candidate jamais élue au Congrès américain.

La vie d’Alexandria Ocasio-Cortez n’est pas ordinaire. Elle l’était, il y a encore deux ans, alors qu’elle était une jeune serveuse du Flats Fix, un bar à tapas de Manhattan, tentant de joindre les deux bouts. Elevée dans une famille modeste du Bronx avec une mère portoricaine parlant difficilement l’anglais, elle acquiert assez tôt une conscience de classe qui lui fera dénoncer plus tard « le code postal qui détermine ton destin ». Alors qu’elle poursuit des études d’économie et de relations internationales à l’université de Boston, son père décède, entraînant la famille dans des difficultés financières et poussant AOC, boursière et endettée, à enchaîner des petits boulots. Maîtrisant l’espagnol, elle travaillera auprès du sénateur démocrate du Massachusetts Ted Kennedy, sur les questions relatives à l’immigration et aux regroupements familiaux. Elle sera également volontaire sur la campagne de Barack Obama en 2008, et participera par la suite en 2016 à celle de Bernie Sanders dans le sud du Bronx. C’est à ce moment qu’elle fait ses premières armes en politique, développant des compétences d’organisation de campagne dans un environnement activiste. Enchaînant les emplois alimentaires afin de soutenir sa famille, elle vivra cela comme un échec du fait des sacrifices et des attentes que ses parents avaient pour elle – ne faisant qu’alimenter son désir de revanche et renforçant son ancrage social-démocrate.

Après la défaite de Bernie Sanders aux primaires démocrates face à Hillary Clinton, des membres de son équipe créèrent « Brand New Congress ». Ce comité d’action politique a pour but de recruter des personnes proches des idées de Sanders, afin de les former et de les présenter comme candidats à la Chambre des représentants et au Sénat. C’est ainsi que Gabriel Ocasio-Cortez envoya une candidature au nom de sa soeur pour participer au programme. Sa candidature fut récupérée par « Justice Democrats », un autre comité d’action politique aux idées proches de Sanders, qui la forma aux questions de politiques générales, aux relations avec les médias, aux débats, aux stratégies de réseaux socionumériques… En un an, Ocasio-Cortez et son équipe de volontaires toquèrent à des centaines de portes, passèrent des centaines d’appels téléphoniques, et envoyèrent des centaines de messages.

AOC se revendique du socialisme démocratique et est membre des socialistes démocrates d’Amérique, une organisation politique fortement marquée à gauche. Elle met au centre de sa campagne trois propositions : une assurance maladie publique et universelle, une garantie d’emploi offerte par tous par l’Etat fédéral, et l’abolition de l’ICE, l’agence de contrôle de l’immigration et des douanes. Son authenticité, son intelligence politique et sa proximité avec les classes moyennes (« working people ») lui ont permis de non seulement remporter un siège au Congrès américain, mais également d’être l’une des figures de proue d’une nouvelle vague de femmes issues des minorités au sein du parti démocrate, bousculant « l’establishment » – l’ordre, et redonnant espoir et intérêt en la politique à de nombreux.ses. américain.e.s.

Par son travail, sa maîtrise des réseaux socionumériques, sa communication, et dans une circonscription où les minorités sont majoritaires, Alexandria Ocasio-Cortez remporte ainsi la primaire démocrate face à Joseph Crowley, élu depuis 18 ans sans interruption. Cet homme politique pressenti pour succéder à Nancy Pelosi comme chef de la majorité parlementaire avait avec lui un bon nombre d’élus démocrates, la presse, les riches donateurs et 3,4 millions de dollars de budget. Il n’aura pas résisté à la campagne de son adversaire, essentiellement menée sur le terrain et les réseaux socionumériques. L’emportant lors des élections de novembre 2018 avec 78% des suffrages exprimés face au républicain Anthony Pappas, AOC est ainsi élue représentante de la 14ème circonscription de New York à la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Sa façon de communiquer sur les réseaux socionumériques est un bouleversement. Par sa publicité de campagne – vue plus d’un million de fois – dénonçant le pouvoir de l’argent et des lobbies et la gentrification de la ville de New York, sa capacité à manier Twitter (5,9 millions d’abonnés) et Instagram (4,1 millions d’abonnés), elle a fait de son histoire personnelle un étendard, mettant en scène sa vie de « working girl » et de nouvelle élue au Congrès. En expliquant le fonctionnement de la Chambre des représentants dans des vidéos « live » sur Instagram, en parlant de son « Green New Deal » tout en partageant des recettes familiales, elle a permis à des millions de personnes de s’identifier à sa simplicité et à son passé modeste. Au travers d’un storytelling bien rôdé et d’un nouvel écosystème communicationnel, Alexandria Ocasio-Cortez a su se démarquer politiquement et se présenter en porte-parole des minorités.

Une des forces d’Alexandria Ocasio-Cortez est d’amener ses abonnés dans le processus politique, sans condescendance, et de les convaincre qu’eux aussi, pourront un jour être à sa place. En mettant en avant le pouvoir de la communauté plutôt que de l’individu, et en partageant les informations qu’elle reçoit à tous, elle sort du schème classique du politicien technocrate qui semble loin des réalités des citoyens. Sa carrière politique ne fait que commencer, mais nul doute qu’elle ira très loin.

 

Cet article n’engage que son autrice

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *