Par Aurore Poncelet
“L’écoféminisme n’est pas une mode. C’est la perspective d’une vie pérenne.” rappelle Vandana Shiva lors d’un entretien qu’elle accorde à Lionel Astruc dans Vandana Shiva pour une désobéissance créatrice: Entretiens.
Quelques éléments de biographie
Née le 5 novembre 1952 à Dehradun, Vandana Shiva est une scientifique, écologiste et féministe indienne. Elle obtient, à l’issue de ses études au Canada, un doctorat en physique quantique. En 1991, elle crée Navdanya, une ONG altermondialiste qui a pour but premier la protection de la biodiversité et le développement de l’agriculture biologique. Dans son fameux ouvrage Staying alive, elle examine la place de la femme dans la société ainsi que la relation qu’elle entretient avec la nature. Elle y montre que l’intelligence féminine est « essentielle pour la survie de l’humanité », et y dénonce les pratiques industrielles, dominées par les hommes.
Dans les années 1980, elle parcourt l’Inde et se retrouve à la tête de 500 000 manifestants qui luttent aussi contre la mainmise de l’industrie sur les semences des paysans indiens. Elle participe également à la création d’un réseau de 120 banques de graines communautaires, considérées comme un bien commun, afin d’éviter leur appropriation par les industries. En 1991, elle lance notamment le Mouvement de sauvegarde des semences Navdanya, que souhaitait alors breveter Monsanto. Elle prend aussi part à de nombreux procès contre des multinationales grâce auxquels elle reçoit le prix Nobel alternatif, en 1993, « pour avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement moderne ». C’est donc un appel à la « désobéissance créatrice » que lance l’activiste, face aux multinationales et à l’utilisation massives des OGM notamment.
Des convictions féministes fermement affirmées
Pendant ses études, alors que le discours de libération de la femme prend de l’ampleur, elle refuse de quitter ses vêtements traditionnels pour des jupes : selon elle, être libre, c’est avant tout « assumer ses origines ». Influencée par la lecture de Simone de Beauvoir, et notamment du Deuxième sexe, elle se rend également compte que la science est un domaine réservé aux hommes, et elle condamne fermement la scission entre les métiers considérés comme “masculins” et les métiers considérés comme “féminins”. Sa revanche fut d’obtenir la bourse nationale du talent scientifique.
Vandana Shiva raconte que la vocation « féministe » est familiale, et surtout ancienne : en effet, son grand-père est mort d’une grève de la faim « entamée pour défendre la création d’une école de filles dans son village ». Aujourd’hui, 3000 jeunes filles étudient dans cette école, située à Duhai. Dans son interview pour Lionel Astruc, elle rappelle aussi que sa mère avait étudié à Lahore, malgré l’interdiction de l’ordre brahamique (la caste dominante) qui refusait que les femmes aient accès à l’instruction.
Vandana Shiva, figure de proue du mouvement écoféministe ?
Peu à peu, elle devient donc la figure de proue du mouvement écoféministe. Le terme apparaît en 1974, et c’est Françoise d’Eaubonne qui l’utilise pour la première fois dans Ecologie, féminisme : révolution ou mutation semble le définir pour la première fois : « ni l’environnement ni les femmes, où qu’elles vivent, ne tirent parti de la croissance économique ». Selon Vandana Shiva, il y aurait donc un lien consubstantiel entre la femme et la nature : l’instinct maternel pousserait les femmes à protéger la nature. Selon Vandana Shiva, « ce statut les conduit à vivre dans une « perspective de subsistance ». De plus, dans les textes religieux, « tous les êtres vivants naissent d’une seule et même énergie appelée shakti. Ce nom désigne à lui seul le principe féminin et la force créatrice » Elle en conclut donc que « le lien profond entre les femmes et la nature (…) est inscrit dans nos gènes depuis toujours et relève d’un héritage multimillénaire ».
A 21 ans, elle rejoint le mouvement féministe Chipko. Ces femmes vivent dans les forêts et les protègent. Pour ce faire, elles enlacent les arbres, refusant qu’ils soient coupés en vue d’une exploitation commerciale. Vandana Shiva démontre que, malgré leur illettrisme, ces femmes ont une connaissance extrêmement précise « du milieu naturel et de ses évolutions » qui leur permet de le préserver. Malheureusement, cette expertise « ne semble pas légitime au regard des élites. » Elle montre par ailleurs que ce sont les femmes qui, contrairement aux idées reçues, se sont souvent occupées de la protection des semences ou des « stratégies culturales ». Selon elle, « négliger les multiples compétences des femmes permet notamment de passer sous silence le travail colossal qu’elles effectuent. Lors d’une étude réalisée en 1988 auprès des paysannes, une paire de bœufs travaille 1064 ans, un homme travaille 1212h par an et une femme 3485. » Elle ajoute également que « la FAO a montré qu’en Asie et en Afrique, dans les zones rurales, les femmes travaillent chaque semaine 13 h de plus que les hommes. »
Enfin, selon le magazine Forbes, Vandana Shiva est l’une de 7 féministes les plus influentes au monde. Tous ses combats ont en effet mené à des actions concrètes, notamment en ce qui concerne la protection de la planète.
Références :
- Vandana Shiva est une scientifique, écologiste et féministe indienne
- Avec son livre Staying Alive et ses nombreuses actions pour protéger la nature, elle est devenue la figure de proue de l’écoféminisme
- En 1993, elle reçoit le prix Nobel alternatif “pour avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement moderne”.
* Toutes les citations de ce portrait proviennent du livre Vandana Shiva pour une désobéissance créatrice: Entretiens.
Cet article n’engage que son autrice
